PARODIES, INTERLUDES
imperceptible et facile. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, il n'en reste guère d'échantillons; on en possède toutefois, pour l'Angeleterre , un, qui est du temps d'Edouard 1", et montre qu'alors cette transition était accomplie. C'est précisément une adaptation à la scène d'un des récits que les conteurs se plaisaient le plus à débiter : l'absurde histoire de la Chienne qui pleure. Une femme ou une jeune tille repousse les avances d'un clerc; une vieille va la trouver, ayant dans ses bras une chienne qu'elle a nourrie de moutarde et dont les yeux pleurent. C'est, affirme-t-elle, sa propre fille, changée en chienne par un clerc pour lui avoir été cruelle. La jeune personne fait aussitôt ce que peut inspirer la crainte d'un sort pareil. On a des versions françaises, latines, anglaises de ce conte qui est d'origine hindoue. Le texte anglais parait être de la fin du treizième siècle ^
La mise en drame fut exécutée peu d'années après. Rien de plus aisé; ce fabliau, comme beaucoup d'autres, n'était guère qu'une suite de dialogues-; pour en faire une pièce, le jongleur n'eut qu'à supprimer quelques transitions. On a ainsi un drame rudimentaire où il ne faut pas s'attendre à trouver une étude approfondie des sentiments humains. Voici la conversation du début entre le jeune homme et la jeune fille :
i Textes latins dans: The Exempla... of Jacques deVitry, X1II« siècle, éd T. F. Crâne, Londres, 1890, 8°, p. 105 {n° CCL) et dans Th. Wright, A Sélection of latin Stories , 1842, Percy Society, p. 16, De Dolo et Ai'te Yetularxun. Texte français, dans Barbazan et Méon; fait partie du Castoiement d'un père à son fils, XIII« siècle, Fabliaux, t. II. Texte anglais dans Th. Wright, Anecdota Literaria, Londres, 1844, 8° p. 1 ; le titre est en français : « Ci commence le fables et le cointise de Dame Siriz; » tel est, dans celte version, le nom de la vieille. Voir supra , pp. 190 et 227.
- Voir supra, p. 194.
« Le clerc. — Mademoiselle, bonjour.
La jeune fille. — Monsieur, salut, par saint Michel.
Le clerc. — Où est ton père, où est ta mère?
La jeune fille. — Par Dieu, ils sont tous les deux sortis.
Le clerc. — Heureux serait l'homme qui aurait une pareille fille pour épouse!
La jeune fille. — Va-t-en, par le Christ et saint Léonard... Va-t-en, mon brave homme , car tu perds ton temps 1 ! »
Après quelques supplications de plus, le clerc, qui est un étudiant de l'Université, va trouver la vieille Helwis, et là l'auteur, plus accoutumé sans doute à ce genre de personnages qu'à la société des jeunes filles, décrit avec un certain talent l'hypocrisie de la vieille. Helwis fait la renchérie; elle vit dans la dévotion et ce qu'on lui demande va la détourner de ses devoirs pieux. EUe s'y résoud enfin, en prévision du salaire.
Ainsi débutait , quelque temps avant la naissance de Chaucer, le drame laïque dans la patrie de Shakespeare.
D'autres histoires du même genre furent encore changées en drames ; ces pièces ne nous sont pas parvenues, mais leur existence est certaine. Un Anglais du quatorzième siècle appelle les représentations qu'on en faisait
1 « Hic incipit interludium de Clerico et Puella.
Clericus. Damishel, reste wel.
Puella. Sir, welcum, by Saynt Micliel ! Clericus. Wer esty sire, wer esty dame? Puella. By Gode, es noner her at hame. Clericus. Wel wor suile a man to life
That suile a may mitlie hâve to wyfe!
Puella. Do way, by Ciist and Léonard...
Go forth thi way, god sire.
For her hastu losye al thi wile.
Wright et Halliwell, Reliquix Antiqux, Londres, 1841, 2 vol. 8», 1. 1, p. 145.