‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 194 sur 239 · PARODIES, INTERLUDES · texte numérisé non relu

PARODIES, INTERLUDES

« pleyinge of japis » ', par opposition aux représentations de drames religieux.

D'autres amusements, d'espèce étrange , contribuèrent, dans le même temps, à la formation du drame. On trouvait, au moyen âge, un plaisir particulier à chanter, danser, faire des rondes, se livrer à des facéties de toutes sortes, dans des lieux consacrés : cimetières, cloîtres, églises. Le choix d'endroits pareils peut sembler prodigieux , mais le fait est certain et d'ailleurs s'explique. Aux instincts indisciplinés d'hommes encore en partie barbares, la loi religieuse opposait des prescriptions rigoureuses sur lesquelles nulle discussion n'était permise. A un excès d'indiscipline , il fallait répondre par un excès de rigueur. Il fallait bâtir des contre-forts d'une résistance égale au poids du mur. Mais, de temps en temps, une fissure se produisait et les passions se déchaînaient avec furie. Échappés à la discipline, les hommes trouvaient alors des délices particulières à violer toutes les défenses à la fois ; la bête relevait le défi de l'ange.

Cette force d'impulsion était accrue par les goûts macabres propres au moyen âge, et qui donnaient lieu à un autre genre de réaction. Tour à tour oppressés par l'idée de la mort, et en révolte contre elle, les fidèles répondaient à la menace par des rires; ils se faisaient une joie de promener leurs bacchanales dans les cimetières, non seulement parce que c'était défendu, mais aussi à cause du caractère lugubre du Heu. Les veillées des morts étaient l'occasion d'orgies, et de fous rires. A l'Université même, ces goûts prévalaient ; on se cou-

1 A tretise of Miraclis Pleyinge, lin du XIV siècle, dans les Reliquix Antiqux de Wright et Halliwell, t. II, p. 46.

ronnait de feuillage, on chantait des chants indécents, on dansait des rondes et on s'enivrait dans les cimetières. Les conciles, les papes et les évêques ne se lassaient pas de protester, ni les fidèles de danser. Défense, dit Innocent III, au début du treizième siècle, de se livrer, dans les églises, à des « amusements dramatiques », même si l'on peut alléguer que « c'est l'usage » ; défense de simuler des apparitions diaboliques. Défense de persévérer dans ces mêmes abus, dit Grégoire IX ^. Défense, dit Gautier de Chanteloup , évêque de Worcester, de se livrer à des « jeux malhonnêtes » dans les cimetières et dans les églises, principalement les jours de fête religieuse ou à la veillée des saints-. Défense, dit le concile provincial d'Ecosse en 1225, « de danser des rondes et chanter des chansons aux funérailles des morts; les larmes d'autrui ne devraient pas être une occasion de rire » ^. Défense, dit l'Université d'Oxford, de défiler en chantant dans les églises, avec des déguisements, des couronnes de fleurs et de feuillages^.

L'année était coupée en fêtes, et ces fêtes, dont l'importance dans l'existence de tous s'est atténuée depuis,

1 « Ludi théâtrales, etiam prœtexlu consuetudinis in ecclesiis vel per clericos fieri non debent. » Décrélate d'Innocent 111, année 1207, reproduite par Grégoire IX. Richteret Friedberg, Corpus Juris Canonici, Leipzig, 1879, t. 11, p. 453.

- Il ajoute , ce qui est caractéristique de l'époque : « Nec in cœraeteriis œdificia, nisi forsan hoc tenipus hostilitatis exegerit, ulla liant. » Cotistitutiones Walteri de Cantilupo. A. D. 12iO, dans Labbe, t. XXIIl, col.

^ Wilkins, Concilia Magnx Britannix, Lonàt^s, 1737, 4 vol. foI.,t. I, p. 617 , no' LXXIV. LX.YV. Même défense est faite par Gautier de Chanteloup, Ibid., art. LV.

* « ... Ne quis choreas cuin larvis seii strepitu aliquo in ecclesiis vel plateis ducat, vel sertatus, vel coronalus corona ex foliis arborum, vel lloruni, vel aliunde composita, alicubi incedal... proliibemus. » Règlement du Xlll- siècle. Munimenta Academica, p. p. Anstey [Rolls], 1868, p. 18.

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