SOURCES RELIGIEUSES
sainte Marie y soit placée. D'abord, qu'un enfant devant le chœur, dans un lieu élevé, figurant un ange, annonce la nativité du Seigneur à cinq chanoines ou à leurs vicaires du second rang ; les pasteurs entrent par la grande porte du chœur... les bergers s'avancent vers la crèche en chantant la prose : Pax in terris. Deux prêtres du premier rang, vêtus de la dalmatique, figurent des sagesfemmes auprès de la crèche ^ ». .
Ces embellissements furent très goûtés et, d'année en année, on les perfectionna; le vers remplaça la prose, la langue vulgaire remplaça le latin ; le grand air de la place publique remplaça l'atmosphère recueillie des nefs et l'on n'eut plus à recourir à des prêtres vêtus de la dalmatique pour représenter des sages-femmes. Les rôles féminins furent confiés la plupart du temps à des jeunes garçons; ce qui était se rapprocher de la réalité autant du moins que fit Shakespeare lui-même : car. de son temps, on ne se servait pas encore d'actrices et le rôle de Juliette était, comme on sait, tenu par un garçon. Ces perfectionnements si simples, résumés en une phrase, demandèrent plusieurs siècles, mais le courant, lentement formé, n'en eut que plus de puissance. Le drame quitta l'église parce que, à force de grandir, il l'encombrait, qu'on l'y voyait mal, et que sa liberté de développement était entravée.
^La fête de Pâques donna lieu au même travail d'ornementation que la fête de Noël 2. Les cérémonies de
1 Petit de Julleville, ibid., t. I, p. 26.
2 Même gradation et même point de départ modeste : « Quem queritis in sepulcro, 0 chrislicole? — Jesum Nazarenum crucifixum, 0 celicole. — Non est hic; surrexit sicut predixerat; ite nunciate quia surrexit. Alléluia ». Office de Limoges, onzième siècle. Die laleinischen Osterfeiern Unterstichungen ilber den Vrsprung und die Enlwickelung der liturgisch-
la semaine sainte, qui suivaient pas à pas le drame de la Passion, s'y prêtaient admirablement. D'additions en additions, on finit par grouper toutes les scènes de l'Ancien Testament autour de la fête de Noël, et toutes les scènes du Nouveau, dont les autres étaient les symboles, autour de la fête de Pâques. De véritables cycles furent ainsi créés représentant, en deux principales parties, l'histoire religieuse de l'humanité, de la Création au Jugement. Détachés de l'Église, ces groupes de drames se séparèrent souvent aussi des fêtes qui leur avaient donné naissance, et furent représentés parfois à la Pentecôte, à la Fête-Dieu, à l'occasion d'une solennité quelconque.
Le goût de ces spectacles se répandant, gagna de proche en proche, et divers sujets tragiques, étrangers à la Bible, furent dialogues : d'abord des ^ies de saints; plus tard, en France, quelques rares sujets empruntés à l'histoire ou au roman : l'histoire de Grisélidis , la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc ^ Les Anglais s'en tinrent presque exclusivement à la Bible. Les drames tirés de la vie des saints étaient d'ordinaire appelés Miracles; les drames tirés de la Bible, Mystères, désignations qui n'avaient d' ailleurs rien de fort tranché et qui étaient souvent prises l'une pour l'autre.
Le drame religieux était en voie de perdre son caractère purement liturgique au moment où avait eu lieu la conquête d'Angleterre. Sous le règne des rois normands
dramatischen Auferstehungsfeier, von Cari Lange. Munich, 1887, 8°, p. 22.
' Ci comence Vestoire de Grisélidis, ms. fr. 2203, à la Bibliothèque Nationale , daté 1395 ; imprimé à Paris, 1832, 4° ; Le Mistère du Siège d'Orléans, éd Guessard el de Certain, Paris, 1862, 4° {Documents inédits), etc.