‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 20 sur 239 · LES ANGLES ET LES SAXONS · texte numérisé non relu

LES ANGLES ET LES SAXONS

cosse jusqu'au comté actuel cVEsscx; les Saxons s'établirent plus au sud, dans les régions qui reçurent d'eux les noms d'Essex, Sussex, Middlesex, Wessex : Saxons de l'est, du midi, du milieu, de l'ouest. Ce fut dans ces deux groupes de tribus ou de royaumes que la littérature prit le plus de développement et ce fut principalement entre eux que la lutte pour la suprématie s'établit après la conquête. De là le nom d' Anglo-Saxons* généralement donné aux habitants du sol pour toute la période pendant laquelle des dialectes purement germaniques furent parlés en Angleterre. Ce mot composé, qui a été récemment l'objet de beaucoup de querelles, a l'avantage d'être clair, il a pour lui le long usage, et il convient, par sa forme même, à une période où le pays n'était pas unifié et appartenait à deux agglomérations principales de tribus, celle des Angles et celle des Saxons*.

Les envahisseurs se trouvaient, comme en Gaule, en

' Il a encore pour lui la difficulté de le remplacer par une expression aussi claire et aussi maniable. On a proposé de lui substituer « old english «, vieil anglais; on y voyait entre autres avantages celui de représenter la continuité de 1 histoire nationale et de marquer moins nettement que la succession des deux mots distincts : « anglo-saxon» et « anglais » les modifications introduites dans la langue, les mœurs, le caractère et la race même, par la conquête normande. « Anglo-saxon « avant la conquête, « anglais » ensuite, c'est supposer une coupure, une rénovation complète dans l'histoire du peuple d'Angleterre. On ajoute que ce peuple, déjà au temps d'Alfred, comme on peut le voir par les œuvres de ce prince, se donnait le nom d'« Anglais ».

Mais, outre les raisons mentionnées plus haut, on peut répondre que cette coupure, cette rénovation, cette transformation sont des faits historiques qu'il n'y a aucune raison pour dissimuler. Dans la langue, par exemple, les changements ont été tels que, comme on l'a justement observé, l'anglais classique ressemble moins à l'anglo-saxon que l'italien au latin : et cependant on ne comprendrait pas qu'en Italie les Romains fussent rebaptisés des « vieux Italiens »,ou que chez nous Aétius fut appelé un « vieux Français ». Quant à Alfred, loin de nous la pensée de rejeter son auto-

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présence de peuples infiniment plus civilisés qu'eux, habiles dans les arts, bons agriculteurs, riches commerçants, sur le sol desquels s'élevaient ces grandes villes que les Romains avaient fortifiées et rehées par des routes. Jamais ils n'avaient rien vu de semblable et leur surprise se manifesta par des additions à leur vocabulaire. Ne sachant comment désigner ces étranges choses, ils leur laissèrent les noms qu'elles avaient dans la langue des habitants : caslrum, strata, colonia, dont ils firent chester, street ou strat comme dans Stratford, coin comme dans Lincoln.

Les Bretons qui portaient la toge et que les légions ne protégaient plus, firent une résistance inutile ; la marée montante des barbares les entoura et bientôt les engloutit; ils cessèrent d'exister comme peuple. Les cités furent rançonnées, les campagnes ravagées, les villas rasées et, sur les points où les indigènes voulurent faire front à l'ennemi, d'effroyables hécatombes

rite. Or il se donne tantôt le nom de n rex Saxonum », tantôt celui de roi des .\ngles, tantôt celui de roi des .\nglo-Saxons ; « Ego Aelfredus. gratia Dei, Angol Saxonum rex » (Kemble, Codex, II, p. 124). yEthelstan se dit de même « rex Angul Saxonum ». On citerait diflicilement des cas où ils se seraient donné le nom de « vieux anglais ». De même, dans la chronique nationale, quand l'historien indigène revient en arrière par la pensée et .songe à la conquête germanique du pays, il dit qu'elle a été faite par des « Angles et des Saxons » ; ce n'est donc pas le contredire que d'appeler les conquérants des Anglo-Saxons et c'est une expression que lui-même eût comprise (Ode sur la bataille deBrunanburh, sub anno 937). Enfin, on peut remarquer que lorsqu'il s'agit de rejeter un mot d'un usage courant et admis par la tradition, du moins faut-il lui substituer une expression parfaitement maniable; ce n'est pas le cas pour « old english »;et un exemple le montrera. Dans un livre publié récemment par un des plus grands historiens de l'Angleterre contemporaine, M. Freeman, il est question d'individus qui étaient des vieux Anglais de naissance, a men of old english birth; » on conviendra qu'il était plus simple et plus clair de dire que c'étaient des Anglo-Saxons. Cf. Grein, Anglia, 1, p. 1.

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