‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 21 sur 239 · LA SURVIVANCE CELTIQUE · texte numérisé non relu

LA SURVIVANCE CELTIQUE

furent immolées par les adorateurs de Thor et d'Odin.

Mais ils ne purent tout détruire, et ici se pose la question si importante de la sur%'ivance celtique. Beaucoup d'admirateurs des conquérants leur font honneur de massacres surhumains. Aucun Celte n'aurait survécu ; la race aurait été refoulée jusqu'en Galles ou détruite, si bien qu'il aurait fallu repeupler entièrement le pays, et qu'une nouvelle nation toute germanique, aussi pure de mélange que les tribus des bords de l'Elbe, se serait formée sur le sol breton. Mais l'examen des faits montre que ce titre de gloire ne peut être revendiqué pour les vainqueurs. La tâche était impossible ; que ce soit leur excuse. Détruire un peuple entier par l'épée dépasse les forces humaines et il n'en est pas d'exemple. Or nous savons, d'une part, que la Bretagne avait, dès le temps de César, une population très dense : hominum infinita multitudo^ dit-il dans ses Commentaires; d'autre part, que les envahisseurs se trouvaient en présence d'une race intelligente, laborieuse, assimilable, dressée par les Romains à être utile. Le premier fait écarte a priori l'hypothèse du massacre général; le deuxième, l'hypothèse d'une expulsion totale ou d'une disparition par voie d'extinction.

Dans la réalité, tous les documents qui nous sont parvenus et toutes les vérifications qu'on a pu faire sur le sol, contredisent la théorie d'une «annihilation de la race celtique. D'abord, on ne peut supposer aucune destruction systématique postérieurement à l'introduction du christianisme parmi les Anglo-Saxons, événement qui eut lieu à la fin du sixième siècle. Ensuite, les chroniqueurs ne parlent de massacres complets de toute une population que pour deux cités : Chester et Ande-

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rida ^ ; et l'on peut vérifier, même aiijoiircVhiii, que, pour l'un de ces points, la destruction fut en effet complète, puisque cette dernière ville n'a jamais été reconstruite et qu'on en connaît seulement l'emplacement. Si les chroniqueurs ont fait une mention spéciale de ces deux massacres, c'est apparemment qu'ils étaient exceptionnels. Conclure de la destruction d'Anderida au massacre de toute une race serait aussi peu raisonnable que de supposer l'anéantissement de tous les Gallo-Romains, par la raison qu'on a découvert à Sanxay en Poitou les ruines d'une ville gallo-romaine, avec' un théâtre pour sept mille personnes, dans un endroit aujourd'hui inhabité. Les fouilles exécutées de notre temps en Angleterre ont montré de plus, dans un grand nombre de cimetières, même dans la région appelée autrefois Littus Saxonicum, celle où le peuplement germanique fut le plus dense, Bretons et Saxons dormant côte à côte, et rien ne saurait mieux prouver qu'avant l'heure du repos , ils avaient dû vivre aussi côte à côte. S'il y avait eu destruction, les victimes n'auraient pas eu de sépulcres; ou, si elles en avaient eu, ils ne se rencontreraient pas mêlés à ceux des meurtriers.

On ne peut, de même, s'expliquer cjue par la préservation de la race préétablie, le changement des mœurs et le rapide développement des peuples Anglo-Saxons. Ces pirates naguère vagabonds perdent le goût des aventures maritimes ; ils ne construisent plus de navires ; leurs querelles intestines suffisent désormais à satisfaire leurs penchants guerriers. D'où vient donc l'at-

' " Cette année, ^Ile et Cissa assiégèrent Anderida et tuèrent tous ceux (|ui y liahitaicnt; il ne rcsla ])as même un seul Breton vivant. » Anglo-Saxon CInonicle, éd. Thorpe, sub anno 491.

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