ACTEURS, REPRESENTATIONS
Chaque association ouvrière était tenue de produire sous sa responsabilité « de bons acteurs bien habillés et parlant clairement » ', à peine de cent shillings d'amende, ce qui ferait plus de mille francs aujourd'hui. Ce témoignage est du quinzième siècle, mais il en est d'antérieurs, qui montrent que, dès le début et jusqu'à la fin, on sut discerner entre les bons et les mauvais acteurs et on attacha une grande importance à la prononciation et aux gestes. Le Mystère d'Adam, qui est du douzième siècle, débute par des recommandations aux acteurs : « Qu'Adam soit exercé à répondre juste au moment voulu et qu'il le fasse sans lenteur ni précipitation. De même, pour les autres acteurs, qu'ils parlent d'une manière posée, avec des gestes correspondant aux paroles; qu'ils n'ajoutent ni ne retranchent aucune syllabe dans le vers ; que leur prononciation soit correcte ~. » L'amusement de ces exhibitions, le succès personnel des bons acteurs, tirés soudainement de l'ombre où s'écoulait leur vie ouvrière, offraient un si vif attrait qu'on voyait des artisans laisser là leurs outils et devenir acteurs nomades.
Sorti de l'église, le drame eut, pour s'étaler, toute la ville, et il la remplit tout entière; ces jours-là, la \ille lui appartenait ; chaque compagnie possédait des chars, ou des tréteaux, paffeants^\ posés sur des roues, qui figuraient le lieu des différentes scènes de la pièce ; toute
'■ York Plays, pp. xxiiv et xxxvii.
* Adam... texte critique accompagné d'une traduction, par Léon Palustre, Paris, 1877, 8°. Ce drame paraît, avoir été composé par un Normand.
3 Ce mot désignait, tantôt un défilé solennel, tantôt une représentation dramatique, tantôt la pièce elle-même, tantôt enfin les chars ou tréteaux servant à la représentation.
la série était représentée intégralement dans les principaux carrefours de la ville. Dès qu'une pièce était fmie, les chars laissaient place aux suivants et s'en allaient à un autre carrefour où l'on recommençait. Les habitants des maisons voisines se trouvaient de la sorte « aux premières loges » pour bien voir ; aussi dans certaines villes leur faisait-on payer ce privilège. A York, à dater de 1417, on mit les représentations aux enchères et les pièces se jouèrent devant la porte des plus offrants. Dans d'autres cas, les tréteaux étaient fixes et la représentation avait lieu en un seul endroit.
La forme des tréteaux roulants variait de ville à ville. A Ghester, « ces pageants ou chars étaient de forme élevée, comme une maison divisée en deux étages; celui d'en haut était découvert; dans celui d'en bas, les acteurs s'habillaient; dans celui d'en haut, ils jouaient. Les chars avaient six roues * ». Dans d'autres cas, les tréteaux étaient moins élevés et des plans inclinés faisaient communiquer la plate-forme avec le sol de la place. Un cavaUer pouvait ainsi y monter : « Ici Hérode chevauche sur le pageant, puis dans la rue » (Mystères de Coventry). D'autres fois enfin, la salle d'en haut ne restait pas à découvert, mais un rideau s'ouvrait et se fermait suivant les nécessités de l'action.
Les principaux personnages, représentant précisément « l'action », se rendaient à travers la place, d'un tréteau à l'autre; le rideau s'ouvrait et le dialogue s'établissait de la place au tréteau. Les rois, les anges, Dieu, dominaient toujours ainsi le reste des personnages. Exemple : (( Ici ils prennent Jésus et le conduisent en
> Dighy Mysteries, p. xix (Introduction).