MARIE MADELEINE
premier péché, ils s'y prennent fort simplement. Un « galant n la rencontre et lui déclare soudain qu'il la trouve jolie et qu'il l'aime. « Comment, Monsieur, dit-elle, me prenez vous pour une...? » Oh! pas du tout, répond le galant, mais vous êtes si jolie!... Si nous dansions ensemble?... Si nous prenions un rafraîchissement, « soppes in wyne »?... Marie ne peut résister à ces preuves de vrai amour : « Je suis bien aise que nous nous soyons rencontrés, mamour, dit-elle... Je commence à vous aimer... Je suis à vous pour la vie'. » Clarisse Harlowe y mettra plus de formes et plus de temps ; ici vingt-cinq vers ont suffi. Un siècle et demi sépare Mary Magdalene de l'histoire dramatisée de la « Chienne qui pleure »; l'interprétation des mouvements de l'âme féminine a fait peu de progrès, et nous sommes loin encore de Richardson et de Skakespeare.
Mais la vérité est serrée de plus près lorsque les auteurs parlent des choses qui leur étaient familières et décrivent les pauvres diables parmi lesquels ils vivaient. C'est là, au point de vue littéraire, le grand mérite des Mystères : on y trouve les premières scènes de vraie comédie que compte l'histoire du théâtre anglais.
Bien entendu, cette comédie est, la plupart du temps, bouffonne : en tout, on allait aux extrêmes. Certaines scènes joyeuses étaient aussi célèbres que les vantardises d'Hérode ; elles ont fait pendant des siècles les délices de
» Mari. Why, sir, wene ye that I were a kelle? Corioste. Nay, prensses parde, ye be my hertcs hele, So wold to God ye wold my love fêle... Soppes in wyne, how love ye ?
Mari. As ye don, so doth me;
I am ryth glad that met be we,
My love, in yow gynnyt to close, etc.
Digby Mysteries, éd. Furnivall, Manj Magdalene, p. 74.
la vieille Angleterre. Les scènes de mari à femme :Noé et sa femme, Pilate et sa femme, Joseph et Marie, cette dernière scène fort scandaleuse, étaient des plus populaires.
Dans toutes les collections de Mystères anglais, la femme de Noé est une mégère non apprivoisée, qui refuse d'entrer dans l'arche. Dans la collection d'York, Noé, recevant de Dieu l'ordre de construire l'arche,, s'étonne un peu d'abord : « Ah! mon bon Seigneur, je suis bien vieux! » Il se résoud cependant; les pluies commencent, il faut partir. Noé appelle sa femme; elle ne vient pas. Entrer dans Farche? elle voulait justement se rendre à la ville ; elle ordonne même à ses enfants d'aller s'habiller, sans se soucier autrement du déluge. Noé lui fait observer qu'il a déjà plu énormément et que son projet de promenade est fort imprudent. La dame n'est aucunement pacifiée; pourquoi lui avoir fait mystère de tout cela, et n'avoir pas pris son avis? voilà cent ans que son mari travaille à l'arche et elle n'en savait rien ! Il n'est du reste guère agréable de quitter la terre ferme pour vivre en bateau ; dans tous les cas, il lui faut le temps de faire ses paquets ; et puis il faudra qu'elle emmène ses commères pour avoir à qui parler pendant la navigation. Noé qui déjà, en construisant son navire, s'est exercé à lo patience ne perd pas courage; il reçoit un soufflet, il ne se rebute pas. La femme entre enfin, et avec elle, comme on peut croire, l'orage est dans l'arche i.
1 Voir encore (entre autres) comme spécimen de scène comique, celle du charlatan et de son aide dans : ;< Y« play of \® conversyon of ser Jonathas )• Jewe by myracle of y' blyssed sacrament. » MaFtre Brundyche se comporte comme s'il était sur ses tréteaux un jour de foire et annonce qu'il va guérir les maladies de tous ses auditeurs. Ayez confiance, dit son aide,
He wyll never levé yow tylle ye be in yowr grave. Play of the Sacrament. — Philological Society (Transactions), Berlin, 1860-61, p. 127 ^quinzième siècle).