‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 22 sur 239 · LA SURVIVANCE CELTIQUE · texte numérisé non relu

LA SURVIVANCE CELTIQUE

ténuation relative des instincts de cette race fougueuse? de la fécondité du sol largement défriché qu'elle occupe maintenant et des facilités qu'elle a pour en tirer parti. Ces facilités consistent dans le travail d'autrui. Les goûts agricoles n'étaient pas dans la race ; Tacite la montre cultivant tout juste le strict nécessaire ^ Elle trouve dans l'île britannique d'immenses étendues fécondées par les colons latins ; après le temps des premiers ravages, elle les rappelle en masse à leur travail, mais elle s'en attribue les produits. Les vainqueurs désignent par le même mot le Celte indigène et l'esclave. Les Anglo- Saxons s'installent ainsi au milieu des champs dont ils surveillent à leur façon la culture, et leurs campements deviennent des bourgs : Nottingham, Buckingham, Glastonbury qui ont gardé jusqu'aujourd'hui des noms de familles ou de tribus germaniques. Les villes d'importance ancienne, au contraire, ont conservé en grand nombre des noms celtiques ou latins : Londres, York, Lincoln, Winchester, Douvres, Cirencester, Manchester, etc.'. Les Angio-Saxons ne les détruisirent pas puisqu'elles subsistent, et ne se mélangèrent que faiblement à leur population parce qu'ils avaient, ainsi que tous les Germains, l'horreur du séjour des villes : « Ils les évitaient, les considérant comme des tombeaux, » et il leurparais-

> De Moribus Germanonim,X\', XXVI.

- Los noms de villages rappelant des noms de tribus ou tamilles germaniques sont très nombreux sur les côtes orientales et Tnéridionales et diminuent à mesure qu'on avance vers l'intérieur. On en a relevé 1,400 en tout : « 48 se trouvent dans leNorlhumberland, 127 dans le Yorkshire, 76 dans le Lincolnshire; 153 dans le Norfolk et le Sull'olk; 48 dans l'Essex; fiO dans le Kent; 86 dans le Sussexet le Surrey;on en trouve seulement deux dans la Cornouaille; 6 dans le Cumberland; 24 dans le Devonsliire; 13 dans le comté de Worcester; 2 dans le Westmoreland et aucun dans le comté de Monmouth. » Grant Allen, Anglo-Saxon Brilain, p. 43.

sait que d'y vivre, c'était s'enterrer vivant ' . La conservation en Angleterre de quelques branches de l'industrie romaine est une preuve de plus de la continuité de la vie urbaine dans le pays ; si l'artisan breton n'avait pas survécu à l'invasion, on ne trouverait pas dans les tombes des conquérants ces coupes de verre d'une ornementation compliquée, qu'il est difficile de distinguer des produits des verreries romaines et dont assurément la lourde main du Saxon était incapable de fondre et d'assembler les parties'-.

Les Bretons subsistent donc en grand nombre, même dans les comtés orientaux et méridionaux où l'invasion et le peuplement germaniques se produisirent avec le plus d'intensité : mais ils restent à l'état de race asservie ; ils cultivent la terre dans la campagne, ils travaillent aux métiers manuels dans les villes. Seuls le pays de Galles et la Cornouaille demeurent, dans l'ile britannique, le refuge des Celtes indépendants. L'idiome des anciens habitants et leurs traditions s'y conservent. Dans ces retraites lointaines, aux pieds du Snowdon, dans la vallée de Saint-David, sous les arbres de Caerleon, des chanteurs populaires accompagnent sur la harpe les vieilles poésies nationales; peut-être même commen-

1 Animien Marcellin : « Ipsa oppida, iil circunidata retiis busta déclinant »; à propos des Francs et des Alainans, Renan Gestarum, lib. XVI, cap. II. Tacite dit la môme chose pour l'onseiiible des Germains; « Nnllas Germanorum populis urbes habilari, salis nolum est... Colunt discreti ac diversi, ut Ions, ut campus, ut nemus piacuit. Vicoslocant. non in nostrum morem. connexis et cohœrcntibus iediliciis -. suam quisquc doiuum spatio circumdat. >• De Moribus Germanorum, XVI.

- Il semble impossible dadmettre, comme cela a été avancé, que ces fragiles objets auraient été sauvés du pillaj^e et de l'incendie des villas et conservés par les Anglo-Saxons comme curiosités. Or, les verres à larmes abondent dans les tombes saxonnes, et on en a trouvé de semblables dans les lombes romaines d'époque antérieure, notamment à Lepine, dans la Marne

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