DOUGLAS, DUNBAR
les genres •; il compose des allégories sentimentales et des contes grossiers (très grossiers), des satires, des parodies, des lamentations; ses retours mélancoliques ne durent guère; il faut qu'il soit malade pour tourner au triste -; si vives que soient ses satires, elles sont œuvre d'optimiste et se terminent par des rires et non par des larmes ; il est plus près de Jean des Entommeures que de William Langland.
Ses principaux poèmes, le Bouclier cVor, bouclier de Raison exposé aux flèches d'Amour, le Chardon et la Rose^, sont des imitations étroites du Chaucer de Y Assemblée des Oiseaux et de la Maison de la Renommée; mêmes allégories, mêmes personnages abstraits, mêmes fleurs, mêmes parfums. Le Chardon et la Rose, rédigé vers 1503, célèbre le mariage de Marguerite, rose d'Angleterre, fille d'Henii VII, avec Jacques IV, chardon d'Ecosse, la fleur à la rouge couronne : c'est ce mariage fameux qui devait avoir pour conséquence la réunion des deux pays sous un même sceptre.
Plein de faconde, d'une invention intarissable, Dunbar, s'abandonnant à sa verve, voulant imiter Chaucer, surcharge ses peintures, approche du bariolage, « outchaucers Chaucer », comme les comédiens du temps de
ï Né vers 1460, étudie à Saint-Andrews, devient frère mendiant et reçoit la prêtrise, séjourne en France où les œuvres de Villon venaient d'être imprimées, puis retourne à la Cour de Jacques IV où il est très populaire. Il mourut probablement après 1520. Thepoems of William Dunbar, éd. Small et Mackay, Edimbourg, Scottisk text Society.
2 Voir, par exemple, son Lament for the Makaris quhen lie vcas seik. sorte de « Ballade des poêles du temps jadis », genre dont Lydgate et Villon avaient déjà fourni des modèles. Il y pleure:
The noble Chaucer, of makaris flouir, The monk of Bery and Gûwer ail three.
3 The Goldyn Turge; The Thrissil and the Bois,
HISTOIRE L1TTÉRAIHE. ;U
Shakespeare « sur-hérodaient Hérode ». Ses fleurs sont par trop fleuries, ses parfums sont par trop odorants; par moments, ce n'est plus un charme pour les yeux, une jouissance pour l'odorat, c'est presque une souffrance. Ce n'est pas assez que ses oiseaux chantent, il faut qu'ils chantent parmi des odeurs, et ces odeurs sont colorées : « Ils chantent matines parmi les tendres odeurs blanches et rouges ^ ».
Ce sont là les indubitables symptômes du déclin. On les trouve, à des degrés divers, chez tous les poètes d'Angleterre et d'Ecosse, presque sans exception. Les poèmes anonymes, la Fleur et la Feuille, la Cour d'Amour^ etc.^ imités de Chaucer, longtemps attribués au maître , offrent les mêmes marques. Seuls y échappent, principalement dans la région du border écossais, les inconnus qui, tirant leur inspiration du peuple même, ignorant les livres, et qu'on ne trouverait pas assis, comme Henryson, au coin du feu, le poème de Troïlus sur les genoux, refont à leur tour ces baUades qu'on refera encore après eux 3 et qui sont venues ainsi jusqu'à nous, vibrantes et émues, chansons d'amour, chants lugubres, chevauchée de Percy et Douglas^ [Chevy Chase) que, malgré ses
' Début (lu Thrissil and the Rois (Cf. début des Canterbury Taies).
Qu'lien March wes with variand windis past, Aud Appryl had, Avilh his silver schouris,
Tane leifat Nature with ane orient blast, Aud lusty may, that muddir is ol flouris, Had niaid tlie birdis to begyu thair houris
Aniang tlie tendir odouris rcid and quhyt
Quhois arniony to heir it wes delyt...
2 Texte dans rédition Morris des œuvres de Chaucer, t. IV.
" Principal ouvragée consulter : F. J. Ciiild, The Eiujlish and Scottish popular Ballads, Boston, 18S2 et s. \o\\- supru, \>. 3G0.
* Dans Bishop Percy's folio Ms., éd. Haies et Furnivall, Londres, Ballad Society, 1867, 8°.