CHANTS POPULAIRES
goûts classiques, Philippe Sidney admirait du temps d'Elisabeth. En déclin dans les châteaux, la poésie frissonne encore toute jeune au long des buissons, dans les taillis; et les meilleures œuvres des poètes de nom, Dunbar ou Henryson, sont celles où Ton trouve comme un écho des chants des bois et des landes. Ce même écho prête son charme à la musique de la Fille aux cheveux bruns\ duo d'amour délicieux, mélange de poésie populaire et savante, écrit sur un thème ancien, par un anonyme de la fin de la période et qui est la plus belle des « disputoisons » que compte la littérature anglaise. Mais, à part les chansons que le passant fredonne le long des sentiers, les œuvres des lettrés les plus appréciés à cette époque, Lydgate, Henryson, Dunbar, Stephen Hawes - , représentent un art mourant ; ils écrivent comme les architectes bâtissent et font de la littérature épanouie. Leurs poèmes sont en « style Henri YII ». Leurs roses sont splendides, mais par trop ouvei-tes ; elles ont dépensé toutes leurs forces, leur beauté, leur odeur; il ne leur reste aucune réserve de jeunesse ; elles ont tout donné; et qu"arrive-t-il à ces roses? Qu'elles s'effeuilleut; de cette splendeur effacée, il ne restera plus bientôt quune tige sans pétales.
1 Texte (notamment) dans Skeat,S/}ecù«enso/'£'«(?Zi5/i Literature, Oxford, 46 éd. 1887, p. 96, rédigé, sous la forme où nous l'avons, vers la fin du quinzième siècle.
2 The piliers of yvery garnished witli «olde With perles sette and brouded many a folde. The flore was paved with stones precious, etc.
Stephen Hawes, Pastime of'Pleasure.
Le monde féodal finit; sa littérature s'éteint; mais dans le même temps, un double renouveau se prépare. Le renouveau le plus difficile à observer, mais non le moins important prit naissance dans les couches moyennes et basses de la société. Pendant que les grandes familles s' entretuent, les petites prospèrent : on ne l'a suffisamment remarqué que tout récemment. Aussi longtemps que l'historien ne s'est intéressé qu'aux batailles et aux querelles de rois, le quinzième siècle anglais a été, pour tout le monde, sauf pour ce grand observateur, Commines, le temps de la guerre des Deux-Roses, du meurtre des enfants d'Edouard, et rien autre chose; on eût dit que le sang de ces jeunes princes avait taché tout le siècle et que les cachots de la Tour avaient enfermé toute la nation. On a eu, de nos jours, la curiosité de vérifier si cette impression était juste, et on a trouvé qu'elle était fausse. Au lieu de s'absorber dans la contemplation de ces luttes affreuses, retenant son souffle au spectacle des massacres, la nation n'y prêta que l'attention la plus distraite; c'était pour elle « res inter alios acta ».
La féodalité périssait, comme périssent si souvent les organisations humaines, par le fait même du développement qu'elle avait acquis ; elle s'était si bien séparée du peuple et avait si bien poussé son principe à l'extrême qu'elle allait s'effeuiller, comme les roses trop épanouies de Dunbar. Pendant que les seigneurs et leurs partisans, cette foule de bravi que les statuts contre la « maintenance » avaient essayé en vain de supprimer,