DIFFERENCES AVEC LA FRANCE
cagée, ruinée, la Ville Éternelle restait féconde; dans l'enceinte de ses murs croulants, sous les décombres, subsistaient des graines %ivantes , une entre autres , la plus importante de toutes, contenant la grande idée romaine, l'idée de l'État. Les Celtes ne la connurent guère, les Germains tardivement. Clo^ds, tout barbare qu'il était, se pénétra de cette idée. Il s'acharna à pétrir ses sujets, Francs, Gallo-Romains, Visigoths, pour former par leur moyen un État, et ses efforts ne furent pas, malgré les désastres qui sui^'irent, sans conséquences durables.
En France, le vaincu enseigna donc au maitre sa langue ; les petits-fils de Clovis écrivirent des vers latins, et c'est grâce à des poèmes en langue romane que Karl le Franc est devenu « Charlemagne » dans la légende et dans l'histoire : si bien que le nouvel empire établi dans les Gaules n'eut guère, à la longue, rien de germanique que le nom; ce nom toutefois a subsisté et c'est le nom français.
Ainsi, et non par un impossible massacre, s'explique le résultat différent des invasions en France et en Angleterre. Dans les deux pays, mais moins abondamment dans le dernier, la race celtique s'est perpétuée ; et le voile d'une langue étrangère, latine en France, germanique en Angleterre , n'est pas si rigide ni si épais qu'aujourd'hui même on ne puisse discerner à travers ses plis les formes du génie britannique ou gaulois; génie très spécial, très reconnaissable, fort différent du génie des anciens, plus différent encore de celui des Teutons envahisseurs.