‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 26 sur 239 · LA PROSODIE GERMANIQUE · texte numérisé non relu

LA PROSODIE GERMANIQUE

Les fameuses Visions de Langland, au quatorzième siècle, sont en vers allitératifs ; sous Elisabeth, l'allitération fut une des particularités du genre de prose fleurie appelé Euphiiisme. Plus près de nous, Byron fait un emploi fréquent de l'allitération :

Dur bay Receives that proii) which pj-owclly s^iurns the spray-, How gloriousiy hergallant course she g-oes.' Her white wings /"lying — never from her /bes. {Corsair).

La période purement germanique de l'histoire littéraire anglaise dura sLx cents ans, c'est-à-dire autant de temps qu'il s'en est écoulé de saint Louis jusqu'à nous. A l'inverse de la littérature celtique, on ne trouve, dans les monuments de la pensée des Anglo-Saxons , nulle trace de gaieté légère, ou de sentiments nuancés. Ils sont forts, mais non point agiles. Des deux passions dominantes attribuées par Caton aux habitants des Gaules, une seule, la passion de la guerre, 7'em militarem, est partagée par les riverains de l'océan septentrional; l'autre , argute loqui, leur est inconnue. Membres d'une même famille de peuples, répandus autour de la mer du Nord, comme les peuples classiques dominaient, au temps des empereurs, sur les rives de la Méditerranée, les Anglo- Saxons, les Germains et les Scandinaves, parlaient des dialectes de la même langue, conservaient des traditions communes et le souvenir d'une origine identique. Grein a réuni dans sa « Bibliothèque anglo-saxonne » tout ce qui subsiste de l'ancienne littérature d'Angleterre; Powell et Vigfusson ont compris dans leur Corpus

usage qu'on retrouve toutefois dans diverses formules courantes : gros et gras, bel et bon, etc., voir Paul Mejer, Romania, t. XI, p. 572 : « De 1 allitération en roman de France. »

pocliciim borralr tout ce que nous avons de poèmes en langue Scandinave composés autrefois en Danemark, en Norvège, aux Orcades, en IsLinde. dans le Groenland même, en dedans du cercle arctique'. Les diCPérences sont peu marquées. C'est bien, au fond, le même peuple qui raconte ses origines et conduit ses héros au Valhalla". L'histoire anglaise de Beowulf, l'histoire Scandinave et germanique des NilDlungs et des Volsungs ^ appartiennent au même ordre de conceptions et repré-

1 Grein, Bibliothel; der Angelsxchsischen Poésie, éd. Wiilker; Cassel, 1883 et s., 8°; Corpus pocliciim boréale, The poetry ofthe old northern tangue, from the earliest to the Xlllth century, edited and translated by G. ViRfusson and F. York Powell, Oxford, 1883, 2 vol. 8°; t. 1, Eddie poelry; 1. 1(, Court poetry. D'autres monuments importants de la littérature Scandinave se trouvent dans les recueils suivants : Ldda Snorri, éd. Jon Sigurdsson, Copenhague, 1848, 2 vol. : Xorroen Fornliva:di, éd. S. Bugge, Christiania, 1867. 8° contient le recueil usuellement appelé Edda Sxmundi); Icelandic Sagas, éd. Vigfiisson, Londres, 1887, 2 vol. 8° (collection du «Masler ofthe Rolls»; contient. 1. 1, Orkneinga Saga et Magnus Saga; t. II, Ualionar Saga); Sturlunga Saga, including the Islendiga Saga of Lawman Thordsson and other works, éd. Vigfusson, Oxford, 1878, 2 vol. 8°; Heimskringla Saga, or Ihe Sagas of (lie norsc kings, from the icelandic of Snorre Stiirlason, éd. S. Laing, deuxième édition, revue par R. B. .\nderson, Londres, 1889, 4 vol. 8°. Enfin, les deux Eddas et les principales Sagas seront comprises dans la Saga library, fondée par W. Morris et Eirikr Magnusson en 1890 (chez Quaritch, à Londres). Edda signifie arrière-grand'mére; l'Edda en prose est un recueil de récits du douzième siècle remaniés par Snorri au treizième; l'Edda en vers est une coUeclion de poèmes de dates diverses qui remontent, pour partie, aux huitième et neuvième siècles. Saga signifie récit; les Sagas sont des récits en prose, d un caractère épique; elles lleurirent surtout aux douzième et treizième siècles.

'- Le recueil anglo-saxon et le recueil Scandinave contiennent l'un et l'autre des poésies de même sorte, savoir notamment : des morceaux épiques; des élégies et lamentations; des poésies morales: des énigmes et aphorismes; des chants de guerre.

•* Les plus anciens fragments de celte épopée se trouvent dans l'Edda en vers; on en a une version complète en prose islandaise (Volsunga Saga) du douzième siècle ; la version allemande [Nibeliingenlied] est de la fin du même siècle.

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