GERMAINS ET SCANDL\AVES
sentent la même race. L'une et l'autre faisaient partie du patrimoine littéraire commun à tous les peuples du Nord.
De même que pour les Celtes, la masse des monuments anciens de la littérature germanique et Scandinave nous a été conservée dans le pays le plus éloigné où la race se soit établie ; la distance même l'ayant mieux protégée des guerres, les chants et les manuscrits ont plus aisément survécu, à la faveur d'une paix relative. La majorité des récits celtiques a été retrouvée en Irlande ; la plus grande partie des pièces recueillies dans le Corpus j^oeticitm boréale est firée de documents islandais.
Les poésies contenues dans ce recueil abondent en traits caractéristiques manifestant les croyances et les mœurs des peuples septentrionaux. Nous sommes en présence de géants et de nains, de monstres, de dragons, de héros invincibles, de batailles cruelles, de présages lugubres, d'incantations magiques, de trésors enchantés. Le poète nous conduit dans des halls aux sièges ornés, sur lesquels les guerriers passent de longues heures à boire ; dans des fosses à serpents où sont jetés les vaincus; dans des paysages funèbres où les cadavres accrochés aux gibets se balancent au vent ; dans des îles mystérieuses où la flamme s'échappe en tourbillons des tombeaux, où l'héroïne venue sur ses navires, ses « coursiers de mer », aborde pour évoquer l'ombre paternelle, revoir l'être chéri au milieu des fumées infernales et recevoir de ses mains l'épée enchantée et vengeresse. Les Valkyries armées traversent le ciel; les corbeaux commentent les actions des hommes; le ton est triste et douloureux, parfois si bref et si saccadé que, pour suivre le poète dans ses imaginations fantastiques.
il faudrait im commentaire en marge, comme j)ourr« Ancient Mariner » de Coleridge, en qui revit l'esprit de cette littérature.
De même que chez tous les peuples primitifs, les scènes de carnage et de supplices abondent; les victimes rient parmi les tortures ; elles chantent leur chant de mort, et il nous semble, à nous, gens d'une autre époque et d'une autre race, voir se dérouler des romans de Fenimore Cooper dans des paysages d'opéra. Sigfred fait rôtir au feu le cœur de Fafni, Ihomme-serpent, son adversaire, et il en mange. Eormunrek a les pieds et les mains coupés et on les jette dans le brasier en sa présence. Skirni, pour gagner, en faveur de son maître, l'amour de Gerda, l'accable de malédictions, la menace de lui couper la tête, et réussit par ces moyens dans son ambassade K Gunnar, pour garder seul le secret du trésor des Niblungs, réclame le cœur de son propre frère, Hogni : « Il me faut le cœur de Hogni; qu'on le taille au couteau dans la poitrine de ce brave et qu'on l'apporte dans ma main.
« Ils coupèrent dans sa poitrine le cœur de Hialli l'esclave, le mirent sur im plat et l'apportèrent à Gunnar.
« Alors parla Gunnar, roi des hommes : J'ai là le cœur de Hialli le lâche, fort différent du cœur de Hogni le brave. Il tremble sur le plat, mais il tremblait deux fois plus quand il était dans sa poitrine.
« Hogni rit quand on coupa son cœur vivant de héros; il n'avait nulle envie de se plaindre. Ils le mirent sanglant sur un plat et l'apportèrent à Gunnar.
« Alors parla Gunnar, héros des Niblungs : J'ai là le cœur de Hogni le brave, difl'érent du cœur de Hialli le
1 Lay of Skirni. — Corpus poeticum, I, p. 11 i.