‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 3 sur 239 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

On a plus fait pour éclairer les origines dans les cinquante dernières années que pendant tout le reste de l'époque moderne. On a trouvé, déchiffré, annoté, imprimé, traduit; l'empire des lettres s'est ainsi accru, au hasard des explorations, de jardins et de déserts, d'inmiensités nuageuses et de forêts sans limites; ses bornes se sont reculées à l'infini : c'est du moins ce qu'il nous semble. Nous rions de la naïveté de Robertson qui admirait, au siècle dernier, la surabondance des documents accessibles de son temps ; le moment n'est pas loin où l'on rira aussi de notre naïveté.

Mais d'une autre manière, qui nous est plus sensible encore, le champ de l'histoire s'élargit : les années glissent si rapides que le voyageur, parti pour explorer le pays d'autrefois, absorbé par sa tâche, oublieux des mois et des jours, est surpris au retour, de voir combien s'est agrandi le domaine du passé : chose du passé que Tennyson; chose du passé que Browning, et cette figure vivante et souriante, avec ces traits où dominait un air de force mêlée de bonté, cette figure que l'absent comptait peindre d'après nature, à son retom* parmi les vivants, s'est affaissée, et la pierre grise de Westminster la recouvTC. Giiose du passé aussi le maître qui, le premier parmi nous, enseigna la voie, vaillant dans ses recherches, intrépide dans ses jugements, insoucieux des conséquences, soucieux seulement de Vérité, dont la

PRÉFACE. m

vie était un modèle non moins que les œuvres. Les œuvres subsistent, mais qui dira ce qu'a été la vie, et ce qu'il y avait de bienfaisant dans cette parole patriarcale, claire, digne et douce? La vie de Taine est une œuvre que ses autres œuvres ont insuffisamment fait connaître.

La tâche est immense; elle a un attrait infini. Nul ne sam-ait comprendre, s'il n'y a pénétré, le charme reposant de ces retraites lointaines, lieux de refuge oii expirent les bruits du monde. Sans aller, tant s'en faut, jusqu'à attendre, en un tel sujet, les avantages quasi miraculeux entrevus par ce fervent sectateur de l'antiquité qui écrivait le 13 juillet 1800 : « Il faut présenter le moins de surface qu'on peut aux coups de la fortune et se renfermer exclusivement dans la littérature grecque, » on trouve du moins pour ce qui concerne la littérature anglaise une compensation spéciale : elle donne l'impression de la continuité et de la vie. Les morts de Westminster ont laissé une postérité, jeune à son tour, féconde à son tour; les descendants vivent sous nos yeux et sous nos yeux préparent l'avenir. C'est là un des grands intérêts de cette littérature; elle est parallèle à la nôtre et en est différente ; comme la nôtre elle a des origines lointaines, comme la nôtre, c'est une littérature belle, riche, surabondante, sans fond, dont on ne saurait conter l'histoire complète sans rien omettre ; comme la nôtre c'est une littérature

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