‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 31 sur 239 · PAYSAGES DU NORD · texte numérisé non relu

PAYSAGES DU NORD

givre , la grêle et les giaces , le hurlement des tempêtes et des vagues décharnées reviennent aussi souvent dans cette littérature que le soleil, les orangers et les fleurs chez les peuples familiers avec ces exquises merveilles. Toutes leurs descriptions sont courtes, sauf lorsqu'il s'agit des frimas. Les poètes anglo-saxons s'y arrêtent et s'y complaisent; leur langue alors se délie. Dans Beowulf, la plus longue description, la plus vraie, est celle de la demeure des monstres : « Ils habitent une terre sauvage où rôdent les loups, des lagunes balayées par le vent, des marais dangereux où l'eau des montagnes enveloppées de brouillards tombe des rochers et s'enfonce dans la terre. Près d'ici, à mille pas, se trouve le lac, sur lequel penchent les rameaux blancs de givre d'une forêt aux puissantes racines. Là, toutes les nuits, parait une merveille effrayante, des flammes sur l'eau. Les plus sages des enfants des hommes n'en connaissent pas la profondeur. Quand l'habitant des bruyères , le cerf aux bois robustes, arrive après une longue fuite aux limites de cette forêt, il perdra la vie et exhalera son souffle sur les bords, plutôt que d'y cacher sa tête. C'est un lieu maudit. De là, les vagues sombres s'élèvent jusqu'aux nues lorsque le vent soulève des tempêtes ennemies ; l'air s'obscurcit, le ciel répand des pleurs » ' .

Le même génie, identique à lui-même, se manifeste dans l'épopée nationale, dans les courts poèmes détachés et jusque dans les chroniques des Anglo-Saxons. A leurs enthousiasmes excessifs succèdent des périodes d'abattement complet ; leurs orgies sont suivies de désespoirs ; ils sacrifient dans la bataille leur vie sans un froncement

' Vers 135" et s.

de sourcil, et pourtant, à l'état de repos, la pensée de la mort les harcèle cruellement. Leur religion prévoit la fin du monde et de tout, et des dieux mêmes. Écoutez parler l'un d'entre eux :

« La vie humaine me fait songer aux réunions que tu tiens avec tes compagnons pendant l'hiver, autour du feu allumé au milieu de la salle. Il fait chaud dans la salle et dehors hurle la tempête avec ses tourbillons de pluie et de neige. Qu'un moineau se présente à une porte et, traversant la salle, sorte par l'autre. Tandis qu'il passe, il est à l'abri de la tempête hivernale; mais cette minute de paix est brève et, sorti des frimas, en un instant il disparait aux regards et rentre dans les frimas. Telle est la vie des hommes; on la voit pour un peu de temps, mais ce qui l'a précédée et ce qui doit la suivre, nous l'ignorons... m

Est-ce Hamlet qui parle? est-ce Claudio '? Non, c'est un chef anglo-saxon du septième siècle qui s'est levé dans le conseil du roi Eduini et lui recommande, au témoignage de Bède le Vénérable, d'adopter la religion des moines venus de Rome, parce qu'elle résout le terrible problème 2. Malgré le passage des siècles et la suite des révolutions , cette même préoccupation est restée dans le

1 A}', but to die and go we know not where; To lie in coid obslruclion, and lo rot : Tliis sensible, warin inolion to become

A kneaded clod...

— Ms too bonible!

The weariesl and mosl loaUied worldly life, ïhat âge, ache, penury, and imprisonment Can lay on nature, is paradise To what we fear of deatb.

Measure for Measure, lll-l.

2 Bede, Hisloria ecclesiaslica gentis Angloritm, liv. Il.chap. 13, année.

Page 1