LA QUESTION DE LAU-DELA
pays. Les Puritains l'ont connue, etBunyan, et le docteur Johnson, et le poète Cowper. Mais chez les races aux tendances classiques, chez les Français, il en est bien autrement. N'empoisonnons pas nos vies de l'idée de la mort, se disait-on , du moins avant notre siècle ; toute chose a son temps , et ce sera assez de penser au trépas quand l'heure en sera venue. « Mademoiselle, » disait La Mousse à la future madame de Grig-nan , qui soignait trop ses belles mains, « tout cela pourrira. » — « Oui, mais tout cela n'est pas pourri » , répondait M"^ de Sévigné , résumant d'un seul mot la philosophie de beaucoup de vies françaises. Demain nous serons tristes, et encore, s'il se peut, sans éclabousser nos voisins de notre peine. Il faut se retirer de la vie comme d'un salon, discrètement, « ainsi que d'un banquet », disait La Fontaine. Et cette bonne grâce qui n'est pas de l'indifférence, mais qui ressemble peu aux angoisses et aux enthousiasmes du Nord, est, elle aussi, la marque d'une race forte : car elles n'étaient pas composées de médiocres individus ces générations françaises qui ont marché à la bataille ou s'en sont allées de la vie, aussi éloignées de ricaner que de pleurer, en souriant'.
627. «Talis mihi videtur, rex, vita hominiun prœsens in terris ad comparationem ejus, quod nobis incerluni est,' leinporis,quale ciini, te résidente ad cœnam cum diicibus ac ministris luis teinpore bruniali, accenso quidemfoco in medio et calido effecto cœnaculo, furenlibusautern forisper omnia lurbinibus hiemalium pluviarum vel niviuni, adveniensque unuspasserum domum cilissime pervolaverit ; qui cum per unum ostium ingrcdiens, mox per aliud exierit. Ipso quidem tornpore, quo intus est, hieniis leinpestate nontangilur, sedtamen parvissimo spatio seronitatisad momenUini excurso. mox de hieme in hiemem regiediens tuis oculis elabitui . Ita hœc vita hominum ad modicum apparet; quid autem sequatur, quidve prcecesserif, prorsus ignoramus. Unde si hœc nova doctrina certius aliquid allulit merito esse sequenda videtur. »
' Ragnar Lodbrok, dans la fosse aux serpents, délie ses ennemis et les
Les exemples de poésies anglo-saxonnes, rêveuses ou guerrières, pourraient être facilement multipliés. Nous avons les désolations de l'homme sans patrie, du nomade sans amis, du marin sur les flots', complaintes toujours associées à ces paysages du nord dédaignés des littératures antiques. « Bientôt s'éveille de nouveau l'homme sans amis ; il voit devant lui les vagues fauves, les oiseaux de la mer qui se baignent en étendant leurs ailes; le givre et la neige qui tombent mêlés de grêle : alors de^-iennent plus profondes les blessures de son cœur'. » Il y a des descriptions de l'aurore en traits nouveaux et inattendus : « L'hôte s'endormit jusqu'à ce que le corbeau noir annonçât, d'un cœur joyeux, le temps où se lève le soleil, gaité du ciel, où les voleurs disparaissent. » Certes jamais les terrasses de Rome, ni les péristyles d'Athènes, ni les balcons de Vérone, n'ont vu se lever, au cri des corbeaux «joyeux », d'aurores pareilles. La mer des Anglo-Saxons n'est pas une Méditerranée lavant de ses flots bleus les murs de marbre des \illas : c'est la mer du Nord, aux lames grises, bordée de plages stériles et de falaises de craie.
menace des vengeances d'Odin (C0/7; us poeticum boréal:^, t. II. pp. 341 et s.). Dans les prisons de la Terreur, on chansotinaitla guillotine. Le paquebot la France, avec une cargaison de poudre, a pris feu et est sur le point desauter. — Récit d'un témoin étranger : -c Tous, jusqu'aux petitsmarmitons, rivalisaient d'élan, de bravoure et de celle gaieté gauloise dans le péril qui forme un des beaux traits du caractère national. » Baron de Hiibner, Incendie du paquebot « la France b, Paris, 1887, 8°. Je tiens de l'auteur qu'il a écrit son récit le lendemain du jour où l'incendie a été terminé.
' Voir dans le Codex Exoniensis (éd. Thorpe , Londres, 1842, 8») les poèmes intitulés : The uanderer (Eard-Stapa) : The seafarer; Deor the scald's complaint; The wife's complaint , The Ruin, etc.
- Wanderer. (Ibid.)