‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 33 sur 239 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Augustin, prieur de Saint-Martin de Rome, envoyé par Grégoire le Grand, était venu en 597. Il avait apporté aux pirates germaniques installés dans File de Bretagne un étrange enseignement. Les idées qu'il tâchait de répandre nous sont devenues si familières que nous avons peine à comprendre la stupeur qu'elles devaient causer. A ces conquérants sans craintes, qui gagnaient des royaumes à coups de lance, et à coups de lance aussi gagnaient le Valhalla d'Odin, qui comptaient mourir un jour dans la bataille et non dans leur lit, afin que les Valkwies, les -( choisisseuses de morts ». les emportassent au ciel sur leurs chevaux blancs, un moine étranger venait dire : Sois l)on! adore le Dieu des faibles qui, à l'inverse d'Odin, te récompensera non pas pour ta vaillance mais pour ta miséricorde !

Tel était l'enseignement que Rome, incessamment féconde, s'efforçait maintenant de semer parmi les barbares triomphants. La notion de l'État et la notion de

l'Église sortirent toutes deux des ruines de la cité éternelle : idées également puissantes, mais presque contradictoires qui ne purent se concilier qu'après des siècles de désordres, et des périodes successives de violences et d'affaissement. Les princes qui surent prévoir la fusion nécessaire des deux idées et en réalisèrent des essais grossiers, à cette époque lointaine, furent rares et sont demeurés à jamais illustres : Cliarlemagne et Alfred le Grand.

De même que sur le continent, le miracle de la conversion s'accomplit dans l'ilc anglo-saxonne. Augustin baptisa le roi .^thelberlit et célébra la messe dans la ^^eille église romaine de Saint-Martin de Cantorbéry. La religion fondée par l'Enfant de Bethléem conquit les Germains sauvages , comme elle avait conquis les Romains débauchés ; la difficulté et le succès furent égaux dans les deux cas. En pays barbare comme en pays latin , la religion nouvelle marchait à contre courant ; le Romain de la décadence et le barbare victorieux avaient des passions très difl'érentes . mais ils se ressemblaient par l'impétuosité avec laquelle ils s'y adonnaient. Aux oreilles des uns et des autres l'apôtre venait dire : Arrête tes passions, sois dur pour toi-même et clément aux autres ; heureux les simples, heureux les pauvres; tu seras pardonné, comme tu auras pardonné ; tu ne mépriseras plus le faible, tu Y aimeras! Et ce murmure inquiétant revenait, comme un conseil et comme une menace, chaque jour, dans la prière du matin , dans le son des cloches , dans la musique des chants pieux.

La conversion fut superficielle d'abord et limitée aux pratiques extérieures ; le barbare pliait les genoux, mais son cœur restait le même. L'esprit du culte nouveau ne

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