LA CONVERSION
pouvait encore pénétrer son âme ; il la troublait seulement ; et après bien des repentirs et des retours sauvages, le prince converti finissait par mourir mieux préparé pour le Valhalla que pour le Paradis. Les témoins de sa mort en avaient eux-mêmes conscience : quand Théodoric le Grand mourut dans son palais de Ravenne , pieusement et entouré de prêtres, on \'it Odin sur son cheval, on le vit! emporter l'âme du prince au Valhalla.
Les nouveaux fidèles de Grande-Bretagne comprennent la religion du Christ comme ils avaient compris celle du dieu Thor. La distance de l'homme à la divinité était courte aux temps païens; le dieu avait ses passions et ses aventures , il était intrépide et se battait encore mieux que ses partisans. Longtemps, par une inconséquence naturelle, les néophytes continuèrent à chercher près d'eux le dieu humain qui venait de se perdre dans l'immensité ; ils s'adressaient à lui comme jadis aux héros divinisés qui devaient comprendre leurs misères pour les avoir partagées. Longtemps il y eut des croyances cumulées. On avait foi au Christ, mais on avait peur encore d'Odin et on l'apaisait secrètement par des sacrifices. Les rois sont obligés de publier des ordonnances pour défendre de croire aux anciens dieux qu'ils appellent « les démons », et cela n'empêche pas les moines qui rédigent la chronique anglo-saxonne de faire remonter uniformément à Odin la généalogie de leurs princes : si ce n'est plus les diviniser, c'est encore les anoblir' .
' « Penda était fils de Pybba , Pybba de Cryda, Ci yda de Cynewald , Cynewald de Cnebba, Cnebba d'Icel, Icel d'Eomœr, Éomaer d'Angeltheow , Angellheow d'Offa, Offa de Waerrnund, Wsermund de Wihllceg, Wihtlœg dOdin. » Anglo-SaxonChroniclc, sub anno 626. Orderic Vilal, né en An-
« Que votre obéissance soit raisonnable, » avait dit saint Paul. Celle des Anglo-Saxons de ce premier âge ne l'est pas. Tout au contraire, ils croient par obéissance, militairement. A la suite du prince, tous ses sujets se convertissent ; le prince apostasie . toute la nation apostasie. D'année en année, cependant, la nouvelle religion progresse et l'ancienne faiblit; le phénomène s'accomplit, dans le midi, par l'influence d'Augustin et des religieux venus de Rome ; dans le nord, grâce à des moines celtiques partis du monastère d'Iona fondé au sixième siècle par saint Columba, sur le modèle des couvents d'Irlande. Vers le milieu du septième siècle, la tâche est presque achevée ; les vieilles églises abandonnées par les Romains ont été restaurées ; beaucoup d'autres s'élèvent ; l'une d'elles subsiste à Bradford-sur-Avon. en parfait état de conservation'; des monastères sont construits, centres de culture et d'études. Quekj[ues-uns des princes sauvages qui régnent dans le pays donnent de grands exemples de dévotion au Christ et de soumission au pontife romain. Ils datent leurs chartes du « règne de Notre -Seigneur Jésus-Christ, régnant à jamais »-. La princesse Hilda fonde, au septième siècle, le monastère de Streoneshalch-' et en de^'ient abbesse; Ceadwalla
gleterre. écrivant en Normandie au douzième siècle, continue à faire remonter la généalogie des rois d'Angleterre à Woden ou Odin, « a quo Angli feriam [IV]"" \Vodenisdiern. nuncupant. » ffisloria ccclesiastica. éd. Le Prévost, 1. 111,1). 161. « Wodenis diesu a gardé son nom, c'est "Wednesday, mercredi. Mômes généalogies dans Mathieu Paris (.Mlle s.), Chronica Majora, t. I, |>p. 188-9, 422 (Rollsj.
' Elle parait être du huitième siècle. Sur les PreConquest churches of Aortkumbria, voir un article de C. Hodges dans le Reliquanj. juillet 1893.
- Ex. charte dOffa , en 793, Malthœi Parisiensis... Chronica Majora, cd. Luard [Rolls^, t. VI, Addilamenla, pp. 1, 24, etc.
3 Rebaptisé parles Danois, Whitby, nom qui a survécu.