‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 36 sur 239 · PERSISTANCE DU CARACTERE GUERRIER · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DU CARACTERE GUERRIER

peu de grec ; un roi anglo-saxon dort sous les voûtes de Saint-Pierre de Rome; Odin a quitté le ciel; sur le sol convulsé par tant de guerres, une vie calme comme celle de Bède a été possible. Le fond de la nation est-il changé et sommes-nous déjà en présence de Germains latinisés? de Germains latinisés, c'est-à-dire dC Anglais? Pas encore. Le fond reste le même; seule la surface est modifiée et encore par places seulement ; Tinfusion intime de l'élément latin, qui transformera ces Anglo-Saxons en Anglais, ne se fera que dans plusieurs siècles et sera le résultat d'une dernière invasion. Le génie des envahisseurs teutoniques est encore intact, et rien n'en témoigne mieux que la poésie chrétienne, de langue indigène, produite dans File après la conversion. C'est la même fougue, la même passion, le même lyrisme, les mêmes apostrophes superbes que du temps des dieux du Nord, le même mélange de mélancolie et de joie bruyante.

Les poètes anglo-saxons décrivent les saints de l'Évangile, et on croirait voiries compagnons de Beowulf : « Ha ! nous avons ouï parler, aux jours d'autrefois, de douze héros glorieux sous les étoiles » . Ces « héros » , ces « guerriers », sont les douze apôtres. L'un d'eux, saint André, arrive dans un pays sauvage ; il ne s'agit pas d'un désert asiatique, ni des solitudes de l'Achaïe; ce pourrait être la demeure de Grendel : « Alors le saint se trouva dans l'ombre des ténèbres , guerrier au fier courage, pendant la durée de la nuit, assiégé par ses pensées. La neige coûtait la terre sous son linceul hivernal ; les tempêtes glacées s'abattaient en averses de grêle. La glace et le givre — blancs lutteurs — tenaient closes les demeures des hommes, le lieu de leur habitation; les champs gelés

disparaissaient sous les glaces; la force de Fcau était arrêtée ; au-dessus des ^i^•ières, la glace faisait un pont, un paie chemin aquatique ' » .

Ils ont accepté la religion de Rome ; ils croient au Dieu de miséricorde ; ils ont foi aux apôtres prêchant au monde la doctrine d'amour : paix aux hommes de bonne volonté I Mais ce serait pour cette race guerrière un manque de respect de traiter les apôtres de pacifiques, et dans les poésies angio-saxonnes ils sont toujours appelés des « guerriers « . A plusieurs reprises, les nouveaux chrétiens traduisent la Bible en vers, et la Bible devient anglo-saxonne, non pas seulement de langage, mais de ton et de sentiment. Le premier essai de ce genre fut tenté par le paysan du septième siècle appelé Caedmon dont Bède a conté l'histoire -. 11 était tellement borné que lorsqu'il assistait, les jours de fête, à un de ces banquets « où c'est l'usage que tous chantent à tour de rôle, il se levait de table quand il voyait la harpe approcher de lui et regagnait sa demeure » , incapable d'improviser comme les autres. Un soir que la harpe l'avait ainsi mis en fuite, il eut dans l'étable où il avait à garder les bestiaux cette nuit-là , une ■\'ision. « Chante-moi quelque chose, » lui dit un être mystérieux. (( Je ne peux, dit-il, et c'est même pour cela que j'ai quitté la salle et je me suis retiré ici, parce que je ne sais pas chanter, — Cependant il faut que tu chantes. — Que chanterai-je donc? — Chante l'origine des choses. » Il lui vint aussitôt à l'esprit « des vers excellents » ; Bède en traduit quelques-uns, qui sont fort plats, mais il met gé-

' The poetry of the codex Vercellensis, éd. J. M. Kemble, Londres, .£llVicsociety, 1847-56, 2 fascic. 8"; fasc. I, Andréas (attribué à Cynewulf), vers 1 et s., 2507 et s. Sur l'allribution à Cynewulf, voir Gollancz, Cynewulf s Christ, Londres, ISO'î.

2 Hisloria ecclesiastica, liv. IV, chap. 24.

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