‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 37 sur 239 · PARAPHRASE DE LA BIBLE, C.EDMON · texte numérisé non relu

PARAPHRASE DE LA BIBLE, C.EDMON

néreusement la faute au compte de sa propre traduction ^ Conduit à l'abbesse Hilda, de Streoneshalch, Caedmon fit l'admiration de tous, prit l'habit religieux, mourut comme un saint. « et personne depuis, dans la race anglaise, n'a jamais pu faire de poèmes pieux égaux aux siens, car il était inspiré par Dieu et n'avait rien appris des hommes ». On s'y essaya pourtant.

Une traduction incomplète de la Bible en vers anglosaxons nous est parvenue ; elle parait l'oeuvre de plusieurs auteurs d'époques différentes; peut-être Caedmon est-il l'un d'entre eux-. Le ton est tranchant et superbe dans les passages passionnés ; des appositions brusques appellent vivement l'attention sur la qualité éminente du personnage , celle par laquelle il doit vivre dans les mémoires ; des accents de triomphe accompagnent les récits de guerre : les paysages lugubres sont décrits avec soin, ou pour mieux dire, avec amour, avec joie. Les personnages éthérés deviennent, dans cette bible populaire, de tangibles réalités. Le diable aborde le paradis avec de grosses ruses de paysan. Il prend un casque avant de partir et se

' Il observe avec un sens littéraire fort juste : « Neque enim possunt carniina, quamvis oplime composita ex alla in aliam linguam ad verbum sine detrimento sui decoris ac dignitalis transferri. >;

' Ceedmon's metrical paraphrase of parts of Ihe Holy Scripture in anglo-saxon, with an english translation, by B. Thorpe, Londres, Society of Antiquaries, 1832, S". L'édition Junius que Milton put connaître parut à Amsterdam en 1655. Junius fut le premier à attribuer cette œuvre anonyme à Caedmon. Des diverses parties dont elle se compose, l'une, moins ancienne que le reste et qui a pour sujet principal la chute de l'homme, est remarquable par la ressemblance qu'elle offre, comme ton et comme style, avec le vieux poème allemand Heliaad (Healer, Sauveur; vie du Christ, rédigée en vers allitéralifs, par ordre, croit-on, de Louis le Débonnaire). Le ms. unique de la paraphrase est à la Bodléienne : Ms. Junius XI. Cf. le beau poème de Judith (contenu dans le ms. unique de Jieowutf; Grein, t. I), tout rempli d'accents belliqueux.

l'attache solidement sur la tète*. Il se présente à Adam de la part de Dieu : « Le Seigneur serait venu en personne. » dit-il, « mais le Tout-Puissant là-haut ne veut pas avoir pour lui l'ennui du voyage, lui le maître des hommes; aussi, il envoie son serviteur. »

L'enfer, le déluge, la pourriture du sépulcre, le jugement dernier, les cataclysmes de la nature sont pour ces poètes des sujets favoris. Les chagrins intérieurs, les pensées rongeuses qui « assiègent » les hommes, les doutes, les remords, les paysages tristes les inspirent de même abondamment. Satan dans son enfer a des accès de douleur et de haine qui font songer à Milton. Cynewulf, un des rares poètes de cette période qui nous soit connu de nom, et le plus grand de tous, a des mouvements de désespoir et des élans d'amour religieux ; il parle de son retour au Christ avec une ferveur passionnée qui donne l'idée par avance des grandes conversions de l'époque puritaine'. Il médite « ses pensées dans l'étroitesse de la nuit » , il est « taché par ses actions, lié par ses péchés, brisé parle chagrin, àprement enchaîné, environné d'angoisses » . Alors la croix lui apparaît au fond du ciel entourée d'anges, étincelante de pierreries, ruisselante de sang. Un bruit trouble le silence du firmament ; le bois s'est animé et parle : « Un temps immense s'est

1 Cxdmon's metrical paraphrase, pp. 29 et s.

- L'époque où il vécut est incertaine; toutes les dates possibles ont été assignées à Cynewulf, du iiuitième au onzième siècle. Ten Brink le fait naître entre 720 et 730; Earle le fait fleurir au onzièine siècle. Le contenu entier du Codex Fercellensis (éd. Kemble, ut supra) lui a été attribué. En tous cas la légende de sainte Iléionc et les « Aventures des .\pôtres » , dans ce ms., l'histoire de sainte Julienne et les poèmes sur le Christ, dans le Coder Exoniensis (éd. Thorpe, vt supra) sont de lui et sont signés, au moyen d'un acrostiche sur les lettres runiques de son nom. Cf. Wiilcker, Anglia, I, p. 483. Les énigmes du Codex Exoniensis lui ont aussi été attribuées.

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