‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 38 sur 239 · ACCENTS LUGUBRES · texte numérisé non relu

ACCENTS LUGUBRES

écoulé, mais je m'en souviens encore. Je dormais à la lisière de la forêt quand je fus coupé... on me planta sur la montagne. . . Le jeune héros s'avança, qui était Dieu toutpuissant!.. Je tremblai quand je reçus son baiser*... »

Le poème où saint André figure en « guerrier au fier courage », attribué au même Cynewulf, est rempli du bruit de la mer ; toutes les sonorités de l'océan viennent aux oreilles avec la cadence et la variété des anciennes épopées Scandinaves ; une infinité d'expressions pittoresques et vivantes désignent le navire : « Il marche, le col écumant ; tout pareil à un oiseau , il glisse sur l'océan ; » il suit le chemin des cygnes et des baleines, porté par le fleuve Océan, par les « vagues sonnantes » . La mer de ces poètes, contrairement à ce que croyait Tacite, ne sommeille jamais : elle frémit, elle écume, elle chante.

Saint André se décide à châtier par un prodige les habitants sauvages du pays de Mermédonie. Nous assistons, comme dans les sagas du nord, à une scène fantastique environnée d'un décor d'opéra : « Il vit tout auprès des murs, des piliers puissants plantés dans la plaine , des colonnes debout, battues des tempêtes, œuvre antique des géants...

— « Entends-moi, pierre de marbre, au nom de Dieu devant qui toutes les créatures tremblent ! laisse monter de ta base le tourbillon des eaux... un océan bouillonnant pour engloutir les hommes...

« Et sur-le-champ, la pierre se fendit; les torrents

i Elene, dans le Codex Vercellensis, fascic. II, p. 73; The Holy Rood, a dream, ibid., pp. 84 et s. Une partie de ce dernier poème a été retrouvée, avec de fortes variantes, gravée en caractères runiques sur la croix de Uuthwell, comté de Dumfries (Ecosse). G. Stepliens, The old nortkern runic Monuments of Scandinavia and England, Londres, 1866-8, 2 vol. fol., t. I, pp. 405 et s.

s'échappèrent et coulèrent sur le sol ; au lever du jour les vagues écumantes couvraient la terre. » Les guerriers endormis sont réveillés par cet <( amer breuvage surabondant ». Ils veulent « fuir les flots jaunes, pour sauver leurs vies, dans les cavernes des montagnes » , mais un ange armé de feu leur barre le passage. « Les vagues grandirent, les torrents mugirent, les éclairs de feu fendirent l'espace, l'inondation s'enflait de vagues bouillonnantes; » on entendait de tous côtés des gémissements, le « chant des morts* ». J'abrège; Cynewulf continue; ce spectacle l'enchante; aucune autre description n'est aussi développée dans toute son œuvre ; il s'y complaît avec le ravissement d'Arioste au palais d'Alcine. Les poètes religieux anglo-saxons descendent dans les tombeaux ; l'idée de la mort les obsède à l'égal des ancêtres païens ; ils regardent de près « les noires créatures voraces » et suivent jusqu'au bout l'œuvre de destruction. Ils apostrophent le mort impie : « Mieux eût valu que Dieu t'eût créé oiseau, poisson de la mer, ou que, brute sans intelligence, tu eusses brouté ta nourriture par les champs, ou que, dans un désert, il eût fait de toi la pire des bêtes sauvages, et même mieux eût valu pour toi être, au gré de Dieu, un serpent, le plus cruel de tous! ~... »

1 Codex Vercellensis , fascic. I, pp. 29, 86 et s. L'histoire de saint André est imitée d'un récit grec (dont Cynewulf connut probablement une version latine) intitulé IIpâËeti; 'Avôpéou xa: MaxOatoy; on en trouvera le texte dans le rns. grec 881 (fol. 348) à la Bibliolh.'que Nationale.

- The. departed Soul's address to the Body, dans le Codex Vercellensis, fascic. II, p. 104. Cf. Dr. Faustus, de Marlowe ;

... this seul should fly from me, And I be cliansed inlo some brulisli beast. Ail beastsare happy for whcn tliey die, ïticir sfiuls lire soon dissolved in éléments... O seul ! 1)6 changed iiito small waler-drops. And lall inlo llie Océan; ne'er be found. Voir aussi Be Dômes Dœge (terreurs du Jugement) E. E. T. S. 1876.

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