‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 40 sur 239 · LA PROSE ALFRED LE GRAND · texte numérisé non relu

LA PROSE ALFRED LE GRAND

à cette même époque, dans le langage national et, comme le latin n'est compris que de très peu de monde, à ces monuments s'ajoute une série de traductions '. L'Angleterre a ainsi toute une littérature qui, pour son ancienneté n'a pas, en Europe, d'équivalent.

Le principal promoteur de l'art de la prose fut chez nos voisins cet Alfred dont le pape Léon IV avait fait son iîls spirituel et qui fut roi des Saxons de l'ouest (^yessex) de 871 à. 901. Entre la mort de Bède et l'avènement d'Alfred, un grand changement était survenu dans l'Ile ; vers la fin du huitième siècle avait paru un nouvel ennemi, l'envahisseur Scandinave. C'est de nouveau la tempête, de nouveau le déluge ; les torrents humains se précipitent et à chaque printemps s'étendent plus loin et détruisent davantage. En vain les rois anglo-saxons et, en France, les successeurs de Charlemagne, achètent périodiquement leur départ, ce qui était suivre vis-à-vis des barbares la tactique des Romains de la décadence. Les hordes du nord re\dennent de plus en plus nombreuses, attirées par les rançons mêmes. Ces hommes que les chroniques d'Angleterre et de France appellent indis-

considérable de chartes et actes divers, les uns en latin, les autres en anglo-saxon, nous est aussi parvenue : Kemble, Codex diplomaticus œvi Saxonici, English kistorical Society, 1839-1840, 6 voL 8°; De Gray Birch, Cartularium Saxonicum. Londres, 1885 et s., 4»:EarIe, .1 Handbook to the land charters and other Saxonic documents, Oxfovd, 1888, 8^

• Traduction de traités scientifiques comme celle du De Xatura Rerum de Bède, exécutée au dixième siècle {yinghi Popular treatises on Science, 1841, 8"), ou les traités p. p. Cockayne, Saxon Leeclidorns, 1864, 3 vol. « Rolls»; traduction de rares écrits romantiques tels que la prétendue lettre d'Aristote à Alexandre (Cockayne, Narratiunculx, 1861, 8° et Anglia, t. IV, p. 139) ou l'histoire d'Apollonius de Tyr (éd. Thorpe, Londres, 1834, 12°); traductions par le roi Alfred (V. infra,i>. 83). Le principal recueil des monuments de la prose anglo-saxonne est la Bibliothek der Angelsûchsischen Prosa, de Grein, éd. Wulker, Cassel, 1872 et s.

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s: LA LITTERATURE CHRETIENNE DES ANGLO-SAXONS.

tinctement (< Danois » ou « Normands », réapparaissent chaque année : puis, à l'exemple des Germains du cinquième siècle, s'épargnent la fatigue de voyages inutiles et restent à proximité du butin. Ils s'établissent sur les côtes d'abord, puis dans l'intérieur. On les trouve à demeure en France vers le milieu du neuvième siècle ; en Angleterre, ils passent l'hiver dans File de Thanet pour la première fois en 851 et dès lors ne quittent plus le pays. Les petits royaumes anglo-saxons, incapables de s'unir en une résistance commune, sont pour eux une proie facile, ils y circulent à l'aise, pillant Londres et les autres villes K Us renouvellent leurs ravages à époques fixes, comme on va à la pèche dans la saison. On les désigne dans le pays d'un mot terriblement significatif : (i l'armée » ; lorsque, dans les chroniques anglo-saxonnes de ce temps, il est question de « l'armée », il ne s'agit jamais des forces nationales, mais bien des Danois. Ils incendient les monastères sans plus de scrupules que si c'étaient des huttes de paysans; ils n'ont pas foi au Christ; de nouveau et pour la dernière fois, Thor etOdin triomphent en Grande-Bretagne.

Harcelé par les pirates du nord, réduit à fuir et à se cacher, Alfred finit, après une longue période de revers, par vaincre à son tour et par marquer des limites aux incursions Scandinaves. L'Angleterre se trouva divisée en deux parties, le nord aux Danois, le sud à Alfred, avec Winchester pour capitale '-.

' On a reconnu, d'après les noms de lieux, que les Danois avaient laissé leur trace surtout dans le Yorkshiie et le Lincoinshire et ensuite dans les comtés de Leicesler, Rutland et Nottingham. Keary, The Vikings in western Christendom, Londres, 1891, 8°, p. 353.

^ Traité de Wedmore, juré par Alfred et par le Danois Gutiirum en 878; le texte nous en a été conservé, il ligure parmi les lois d'Alfred.

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