LES CHRONIQUES ANGLO-SAXONNES
curieux. Mais on ne voit pas tous les jours une comète: une comète vaut la peine quon la décrive : « 678. — Cette année, l'étoile appelée comète apparut au mois d'août et brilla pendant trois mois chaque matin, comme un rayon de soleil, et l'évèque Wilfritli fut chassé de son évêché parle roi Ecferth. » Nous sommes loin de Gibbon et de Carlyle. Pourtant peu de monuments sont plus précieux que ces ^-ieilles annales : car aucun peuple d'Europe ne peut s'enorgueillir de chroniques aussi anciennes rédigées dans sa langue nationale.
a Tout art et toute science, » avait dit Alfred dans un de ses moments d'épanchement, «. ^■ieillissentvite et tombent en oubli, s'ils ne sont pas mêlés de sagesse... Pom* moi. voici ce qu il convient de dire : j'ai tâché pendant toute ma rie de ^"i^Te dignement et j'ai tâché qu'après ma mort ma mémoire survécût dans les œu^Tes utiles (jue je laisserais aux hommes après moi '. '^ Il avait raison et c'est là ce qu'il convient de dire de lui. Lonslemps après sa mort son influence durait toujours: il était l'idéal dont ses successeurs eussent voulu approcher: après la conquête normande on le désignait encore comme le « chéri de l'Aneieterre - ».
Alfred disparait, les troubles recommencent: puis vient, au cours du dixième siècle, une nouvelle période
1 Version of Boethius. chap. irii: ce chapitre correspond aux premières lignes da chapitre vu, livre II de l'original ; il est presque en entier une interpolation dAlfred qui y donne son opinion sur le métier de roi et les « outils ^ qui y sont nécessaires.
* « Englene herde... Englene derling ». Dans les Proverbes d'Alfred, ouvrage apocryphe, postérieur à la conquête normande, publié par Eemble à la suite du Dialogue of Salomon and Satumus, 1848, 8°.
de calme relatif; Edgar est sur le trône et l'archevêque saint Dunstan règne en son nom ' .
Assisté par révoque .Ethehvold, Dunstan reprend l'œuvre jamais finie et toujours menacée de l'instruction du peuple et du clergé, il dote les monastères, et, comme Alfred, multiplie les écoles et encourage les traductions d'ouvrages pieux. Sous son influence commence la composition des recueils de sermons en langue vulgaire-. Plusieurs de ces recueils nous sont parvenus : l'un d'eux, les Homélies de Blicklmg, fut rédigé avant 971 ^; d'autres sont dus au célèbre moine .^llfric , qui devint abbé d'Ensham en 1005 et écrivit la plupart de ses œuvres vers cette épocjue ^ ; une autre collection comprend les sermons de Wulfstan. évêque d'York de 1002 à 1023^.
Ces sermons, traduits en majeure partie du latin, <( tantôt mot pour mot et tantôt sens pour sens » , selon
' Roi de 959 à 975; saint Dunstan mourut en 988 [Anglo-Saxon Clironicle).
- La traduction anonyme des Evangiles compilée du temps d'Alfred fut en outre recopiée et vulgarisée pendant cette période: The Gospel... in anglo-saxon, eJ. Skeat, Cambridge, 1871-1887, i vol. 4°.
" Voir le sermon XI sur le jeudi saint. Le nom de ces homélies leur vient de Blickling Hall dans le comté de Norfolk où le ras. a été retrouvé. The Blickling homilies of the Xth centunj, éd. R. Morris, Londres, Early Englisk Text Society, 1 vol. 8°.
* The Sermones cailioltci, or homilies of .Elfric, éd. Thorpe, Londres, .Elfric Society, 1844-G, 2 vols. 8°; Mlfric's lires of Saints, being a set of Sermons, Glc, éd. \V. W. Skeat, Londres, Early English Text Society, 1881. .'Elfric traduisit encore une partie de la Bible : Heptateuchus, liber Job, etc., éd. Ed. Thwaites, Oxford, 1698, 8°: il composa d'importants ouvrages d'astronomie et de grammaire, un Colloquium en latin et en anglosaxon, et une grammaire latine en anglo-saxon : ^Elfric s Grammulik und Glossar, éd. J. Zupitza; 1880. 8°, etc.
^ Les Homélies de Wulfstan ont été publiées par M. Arthur Napier . Wulfstan, Samm.lung der ihm zngcschriebenen Homilien nebst Untersuchungen iiber ihre Echtheit, Berlin, 1883, 8° (contient soixante-deux morceaux; quelques-uns fort courts).