SAINT DUNSTAN CONTINUE ALFRED
l'exemple qu'Alfred avait donné, sont destinés à « l'édification des ignorants qui ne savent aucune langue », sauf l'idiome nationale
L auditoire étant rustique, il faut l'intéresser pour le retenir au prêche : aussi les homélies sont-elles remplies de renseignements légendaires sur la Terre-Sainte, de portraits détaillés du diable et des apôtres, d'histoires édifiantes tout en miracles. Dans les homélies de Blickling, le prêtre décrit minutieusement l'église du Saint- Sépulcre avec ses porches sculptés, ses vitraux et ses lampes, ce temple trois fois saint, qui existait là-bas, à l'autre extrémité du monde, dans le lointain Orient-. Cette église n'a pas de toit, afin qu'on y puisse toujours voir le ciel où le corps du Christ est remonté; mais, par la grâce de Dieu, jamais l'eau des pluies et des orages n'y pénètre. Le narrateur est sûr de son dire; il tient ces détails de voyageurs qui ont vu de leurs yeux cette cathédrale du christianisme.
.Elfric intéresse encore ses auditeurs en leur posant des questions embarrassantes qu'il résoud tout aussitôt. « Quelques-uns vont demander d'où \ient le diable?... » « Quelques-uns vont demander d'où vient l'âme de
1 0 Transtulinius hune codicem ex libris latinoruni... ob œdificationem sinipliciurn... ideoque nec obscura posuinius verba, sed siniplicem Anglicam,quo facilius possit ad cor pervenire legentium vel audientium. ad utililalcin animarum suarum quiaaiialingua nesciunt LMudiriquam in qua nati sunt. Nec ubiquetranslulimus verbum exverbo, sedsensum ex sensu... Hos namque auctores in bac expianatione surnus sequuti, videlicet Augustinum Hipponensem, Hieroninnnn, Bedam, Gregorium, Smaragdum et aliquando Haymonein. » Préface dVEllric pour ses Sermowe* cathoUci. On voit qu'en écrivant ainsi pour le vulgaire .£ifric a conscience de faire œuvre utile; toutefois il en rougit un peu. Dans la préface de ses semions sur la Vie des saints, il indique son intention de cesser de traduire, n ne forte despeclui habeanlur margarite Christi. »
2 BlichUng Homilies, Sermon XI.
l'homme, de son père ou de sa mère? Nous répondons : Ni de lim ni de l'autre, mais de ce môme Dieu qui a fait Adam de ses mains*. » Pourquoi n'y a-t-il plus de miracles? « Les prodiges étaient nécessaires au commencement du christianisme, parce que ces signes conduisaient les païens à croire. L'homme qui plante des herbes ou des arbres les arrose jusqu'à ce qu'ils aient pris racine ; quand il les voit pousser, il cesse d'arroser. De même, le Dieu tout-puissant a montré ses miracles aux païens jusqu'à ce qu'ils fussent convertis ; quand la foi fut répandue dans le monde entier, les miracles cessèrent"-. »
Les vies des saints narrées par /Elfric ressemblent à des contes des Mille et une Nuits. Il s'y trouve des transformations, des disparitions, des enchantements, des empereurs qui se font moines, des idoles qui éclatent et d'où sort le diable. Va, crie l'apùtre au démon, « va dans la solitude où nul oiseau ne vole, où aucun laboureur ne pousse sa charrue, où aucune voix humaine ne se fait entendre! » Le démon obéit et l'on voit un monstre noir, « au visage pointu et à la barbe pendante. Ses cheveux tombaient jusqu'à ses talons, des étincelles de feu sortaient de ses yeux et des flammes sulfureuses de sa bouche ; il était affreusement couvert déplumes »2. C'est déjà le diable des Mystères, celui qua décrit Rabelais presque dans les mêmes termes.
' Scrmones cntholici, pp. 12-13.
-' Ibid. 30'i-5; voir encore, au sermon sur la décollation de saint Jean -Baptiste, une satire des femmes « mécliantes et bavardes », pp. 476-7.
•'• Sermon pour le 25 août, sur le martjre de saint Barthélémy, pp. 454 et s. Le portrait ou pour mieux dire le signalement du saint est donné avec la même précision : « cheveux ondulés, teint clair, yeux enfoncés, nez moyen, barbe grisonnante, » etc.