‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 46 sur 239 · ELFRIC, SERMONS, VIES DES SAINTS · texte numérisé non relu

ELFRIC, SERMONS, VIES DES SAINTS

On devine le succès d'une peinture si précise auprès des bouviers saxons assemblés le dimanche dans leurs petites églises mystérieuses et quasi sans fenêtres comme celle de Bradford-sur-Avon.

Une particularité rend ces sermons remarquables : c'est qu'on y discerne un certain effort pour atteindre à la dignité littéraire. Le prédicateur s'applique à bien dire. Il y met d'autant plus de soin qu'il a au fond un peu honte, lui savant, d'écrire pour de 'si parfaits ignorants. Il n'a pas les hésitations d'Alfred qui, ne sachant quels mots traduisent le mieux son original, met à la suite tous ceux que fournit sa mémoire ou son glossaire : le lecteur choisira. Les auteurs d'homélies cherchent à se rapprocher de la poésie : ainsi débute presque toujours la prose littéraire. Ils vont jusqu'à introduire une rude cadence dans leurs écrits et y adapter l'ornement particulier du vers germanique, l'allitération. Wulfstan et ^Ifric donnent fréquemment à leurs auditeurs le plaisir de ces sonorités répétées, si bien que toute une collection de sermons par ce dernier a pu être imprimée en forme de poèmes * . De plus , le fond même est parfois poétique et le prêtre orne son discours d'images et de métaphores. Beaucoup de passages des homélies de Blickling, lus dans une traduction, seraient facilement pris pour des extraits de poèmes. Telles sont les descriptions des malheurs contemporains et des signes qui annoncent la fin du monde, « ce monde fugitif qui nous échappe et que nous aimons encore, tandis quïl s'évanouit ~ ».

' .£lfric's Lives of Saints, éd. Skeat, Londres, 1881, 8°. - Blickling Homilies, sermon X , sur la fin du monde et sermon XI , sur le jeudi saint.

Telles sont aussi les descriptions de paysages, où, mainteuant encore, dans cette période finale de l'époque anglo-saxonne, la nature du nord, les frimas et les glaces sont visiblement représentés, comme dans Beowulf, par des connaisseurs : « Tandis que saint Paul regardait vers la région septentrionale de la terre , d'où toutes les eaux descendent, il vit au-dessus de l'eau un rocher blanchi, et au nord du rocher s'étendaient des bois couverts de givre. Et il y avait d'épais brouillards, et sous le rocher habitaient des monstres ^ ».

Ainsi va la littérature anglo-saxonne, malgré les efforts de Cynewulf, d'Alfred, de Dunstan et d'^Elfric, se répétant. Poèmes, récits et sermons sont, par places, touchants et grandioses, mais ils sont, pris dans leur ensemble, monotones. Les mêmes notes, peu nombreuses, sont incessamment répétées. Les Angles, les Saxons et les autres conquérants venus de Germanie sont demeurés littérairement intacts au milieu des populations vaincues. Leur littérature est comme immobile ; la plupart de leurs poèmes sont très difficiles à dater et sont différemment rapportés, selon l'impression des critiques, à n'importe lequel des six siècles de la domination anglo-saxonne. Il manque à cette littérature une greffe ; Rome a essayé de la lui donner, mais quelques rameaux seulement et non pas l'arbre ont été vivifiés ; le fruit revient le même, chaque année, sauvage, parfois chétif.

Même situation au point de vue politique. Les Ger-

1 Blickling flomilies, sermon XVll. La ressemblance avec le paysage de IJeowulf est telle qu'un passade de celle description a permis d interpréter un vers jusque-là incompréhensible dans la peinture de la demeure de Grendel.

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