‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 53 sur 239 · VICTOIRES ET CONQUÊTES · texte numérisé non relu

VICTOIRES ET CONQUÊTES

construisent de nouvelles « d'un genre inconnu jusquelà», dit Guillaume de Malmesbury ', et qui comptent parmi les plus grandioses qu'on ait jamais bâties. Les nefs splendides de St-Alban, Westminster, Cantorbéry, Winchester, York, Salisbury, montent vers le ciel; les tours d'Ely, touchent aux nuages ; la façade de Lincoln se dresse sur la colline au haut de la ville toute ornée de merveilleuses sculptures; Peterborough ouvre ses larges baies, profondes comme les portails des églises de France ; Durham, massif et lourd, bâti par des évoques chevaliers, domine la vallée de la Wear et semble une forteresse divine, un château fort construit pour Dieu. Les donjons des conquérants, Rochester, Londres, Norwich, Lincoln, sont énormes, trapus, carrés, épais, si hauts et si solides que l'idée de prendre ces œuvres de géants ne peut venir aux rêveurs indigènes, qui attendent <( que la fin soit bonne quand Dieu voudra » !

Les vainqueurs sont propres à tout et ont du temps pour tout : si l'on regarde leurs constructions pieuses, il semble qu'ils n'aient dû avoir d'autre préoccupation; si on lit le récit de leurs guerres, on croirait qu'ils n'ont pas quitté les grands chemins militaires et les champs de bataille. Ouvrez les manuscrits innombrables où sont renfermés les monuments de leur littérature, et ces ouvrages donnent l'impression d'hommes de loisirs qui ont d'interminables journées pour les longs délassements : ils se font raconter leurs origines par Benoit de Ste-More en des chroniques de i3,000 vers. Cette littérature est

1 « Videas ubique in villis ecclesias, in vicis et urbibus monasteria, novo œdificandi génère, consurgere. » Les constructions des Saxons d'après le même (XIl» siècle) étaient misérables; ils se contentaient de « parvis et abjectisdomibus». Gesta Regum Anglorum, liv. III, p. 418.

ample, siirabondaute, touffue; à vrai dire môme, ils en ont plusieurs, une française, une latine, plus tard une anglaise.

Ils mettent la force énorme et le vouloir indomptable dont ils disposent au service d'une cause : l'infusion des idées latines et françaises dans le peuple anslosaxon et le rattachement de lAnsieterre aux civilisations du Midi. La tâche était ardue : Augustin, Alfred, Dunstan, rois et saints, l'avaient tentée vainement ; eux réussirent. Ils réussissaient toujours.

Us disposaient de moyens puissants et s'en servirent avec efficacité. D'abord, les chefs de la nation sont des Français; leurs femmes, la plupart du temps, sont des Françaises : Etienne, Henri II, Jean, Henri III, Edouard I", Edouard II, Richard II épousent des Françaises. Les Bohun (tige des Hereford, Essex, Northampton), les Beauchamp (Warwick), les Mowbray (Nottingham, NorfollO, les Bigod (Norfolk), les Neville (^yestmoreland , Warwick), les Montgomery (Shrewsbury, Pembroke, Arundel , les Beaumont et les Montfort (Leicester) sont des Français. Les personnages secondaires, mariés à des femmes anglo-saxonnes : « matrimonia quoqiie cum subcUtis jimgunt » * , francisent les familles qu'ils fondent.

Pendant longtemps, le centre des pensées et des intérêts des rois d'Angleterre, français parleur origine, leur éducation, leurs mœurs, leur langage, est en France. Guillaume le Conquérant lègue la Normandie à son lîls aine et l'Angleterre à son fils cadet. Nul d'entre eux n'est enterré à Westminster avant 1272; ils dorment leur

1 Guillaume de Malrnesbury, Gesla regiun Anglorum, éd. Hardy, liv. m, p. 420.

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