‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 54 sur 239 · IDEAL FRANÇAIS DES CONQUERANTS · texte numérisé non relu

IDEAL FRANÇAIS DES CONQUERANTS

dernier sommeil à Caen ou Fontevrault * ; sur trente-cinq ans de règne , Henri II en passe plus de vingt et un eu France et moins de quatorze en Angleterre^. Avant sen avènement, Richard Cœur-de-Lion ne vint en Angleterre que deux fois en vingt ans. L'un après l'autre, ils font la guerre à la France : ce n'est pas par haine ou mépris; ce n'est pas pour la détruire; c'est parce qu'ils veulent être eux-mêmes rois de France; ils l'admirent et voudraient la prendre ; leur idéal moral , littéraire , administratif, religieux est un idéal principalement français. Ils sont chevaliers, ils introduisent en Angleterre la mode des tournois à la française, conflictus gallicî, dit Mathieu Paris ; ils veulent avoir une Université et ils copient pour Oxford les statuts de Paris ; Henri III se querelle avec ses barons et quel arbitre choisit-il, sinon son ancien ennemi, Louis IX, roi de France, le vainqueur de Taillebourg? Ils organisent en Angleterre une hiérarchie religieuse si conforme à celle de France que les prélats de l'un des deux pays reçoivent constamment et sans difficulté des promotions dans l'autre. Jean de Poitiers, né dans le Kent, trésorier d'York, devient évêque de Poitiers et archevêque de Lyon ; Jean de Salisbury , secrétaire de l'archevêque de Cantorbéry, devient évêque de Chartres ; d'autres sont nommés évêques de Palerme, Messine et Syracuse.

Tout fougueux que soient ces princes, si prêts qu'ils

1 Le Conquérant fut enterré à Caen; Henri II et Richard Cœur-de- Lion, à Fontevrault en Anjou. Henri ni est enterré à Westminster, mais son cœur est à Fontevrault, et le chapitre de Westminster possède encore la procès-verbal (exposé dans les vitrines du Chapter House) constatant le remise qui en fut faite à l'abbesse angevine (20 Éd. I).

^ Henry II, par Mrs. J.R. Green [Ttvelve English Statesmen), Londres, 1888, p. 22.

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soient à risquer à chaque instant le tout pour le tout , même, comme Guillaume P"", lorsqu'ils sont déjà vieux et malades, une précieuse qualité de leur race diminue le danger de leurs emportements. Ils acceptent, comme par une gageure, des tâches surhumaines, mais les ayant acceptées, ils en préparent l'accomplissement avec lucidité et d'un esprit pratique. C'est cette tournure pratique de leur esprit, combinée avec leurs tendances aventureuses, qui a fait d'eux une race si peu ordinaire et qui leur a permis de transformer celle à laquelle ils venaient de s'imposer.

Qu'il s'agisse d'idées ou de faits, ils se comportent de même: ils reconnaissent l'importance des idées et de ceux qui les manient et agissent en conséquence ; ils négocient avec le pape, avec saint Martin de Tours , avec Dieu même ; ils ne promettent rien pour rien ; quelque haute que soit la puissance avec laquelle ils traitent, ce sont des marchés qu'ils concluent , des marchés de Normands. La bulle Laudabiliter par latjuelle le papc' anglais Nicolas Breakspeare (Adrien IV) donne l'Irlande à Henri II est un marché dans les formes ; le roi achète et le pape vend ; le prix est minutieusement discuté d'avance et inscrit au contrat ^ . La \Tie la plus remarquable que leur suggéra cette tournure pratique do

1 Après avoir félicité le roi de son intention de propager la vertu chez une race sauvage, « indoctiset rudibus populis », le pape rappelle la théorie fameuse d'après laquelle toutes les îles appartenaient de droit au Sl-Siège : n Sane Hiberniam et ornnes insulas, quibus soljustitiae Christus illuxit... ad jus B. Pelri et sacrosantœ Romanse ecclesiaî (quod tua et nobilitas recognoscit) non est dubium pertinere... » Puis viennent les conditions du marché : « Significastisiquidem nobis, fili in Chrislo charissiine, te Hibernia' insulara, ad subdendumiilum populum legibus, et viliorum plantaria inde exstirpanda velle intrare, et de singulis domibus anuuam unius denarii B. Petro velle solvere pensionem... Nos itaque pium et laudabile desideriura

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