‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 57 sur 239 · LES LETTRES FRANÇAISES SOUS LES ROIS NORMANDS ET ANGEVINS · texte numérisé non relu

LES LETTRES FRANÇAISES SOUS LES ROIS NORMANDS ET ANGEVINS

Ainsi, ce que les précédents envahisseurs de l'ile n'avaient pu faire devait être réalisé définitivement par les Français de Guillaume de Normandie. Par la rapidité et la totalité de leur conquête, par le concours des gens qui savaient écrire et qu'ils s'assurèrent, par leurs guerres continentales, ils devaient amener la fusion de toutes les races en une seule et, consciemment ou non, leur enseigner la patrie.

Ils leur enseignèrent aussi autre chose, et les résultats de la Conquête ne furent pas moins remarquables en littérature qu'en politique. Une langue et des idées nouvelles furent introduites par eux en Angleterre : ce fut un spectacle étrange et presque unique dans l'histoire; pendant deux à trois cents ans le français et l'anglais demeurèrent superposés ; lentement la couche supérieure s'infiltra dans la seconde , s'y absorba et y disparut, en la transformant ; mais il fallut pour cela des siècles. « Et voilà, » écrit un chroniqueur anglais, plus de deux cents ans après Has-

tinsrs, « l'AntileteiTe aux mains des Normands ! et les Normands ne pouvaient parler aucun langage que le leur, et ils parlaient français ici comme ils avaient fait chez eux, et ils renseignèrent à leurs enfants : si bien que les gens de la haute classe, dans notre pays, qui viennent de leur lignée, ont tous gardé ce langage. » Les (( gens de rien », les gens de la « basse classe » s'en tiennent à leur anglais, mais personne ne les considère. « Je crois que dans le monde entier il n'y a aucun pays qui n'ait gardé son propre langage, sauf l'Angleterre )> '.

La diffusion de notre langue fut telle qu'on eût pu croire un moment à une disparition possible de l'anglais: partout où l'on allait dans la grande ile, on trouvait des gens parlant le français et c'étaient toujours les plus puissants, les plus forts, les plus riches ou les plus intelligents du pays, ceux dont il y avait intérêt à gagner la faveur et à imiter l'exemple. Les hommes qui ne parlaient qu'anglais demeuraient toute leur vie, comme dit Robert de Gloucester, des « gens de rien ». Pour devenir quelque chose, la première condition était d'apprendre le français. Cette condition pendant longtemps fut si nécessaire qu'on ne pouvait même pas prévoir qu'un jour elle cesserait de l'être, et les

1 Thus com lo engelond- in to normandies hond

And the Normans ne couthe speke tho- bot hor owe speche,

And speke French as hii dude atom- and hor cliildren dude also teche,

So tltat lieiemen of this lond- that of hor blod come,

Hokiclh aile Ihulke speche- that hii of hom nome

Vor bote a man conne Frenss- me teith of him lute.

Ac lowe men holdeth to Engliss- and to hor owe speche yute.

Ich wcne ther ne beth in al the world" contreys none.

That ne holdeth to hor owe speche* bote Engelonde one.

Chronique de Robert de Gloucester, écrite vers la lin du treizième siècle, éd. Aldis Wright [HoUs 1887, t. U, \k 543). Sur Robert, voir infra, p. 128.

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