‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 60 sur 239 · RELIGION, SCIENCE, HISTOIRE · texte numérisé non relu

RELIGION, SCIENCE, HISTOIRE

meiises espaces d'une eau inerte et peu profonde ^ Dans le siècle suivant, l'œuvre la plus remarquable est la biographie en vers de Guillaume le Maréchal comte de Pembroke, l'un de ces chevaliers à la pose si fière qui semblent couchés encore vivants sur leur tombe, au Temple de Londres. Cette Vie est, pour la période, le chef-d'œuvre du genre; l'auteur inconnu qui la rédigea sur commande a le don, ignoré de ses devanciers, de resserrer son récit, de grouper ses personnages, de les faire mouvoir et parler : comme à l'église du Temple, sur le tombeau qu'il leur élève, ils ont l'air vivants -. Un siècle passe encore , la mode d'écrire l'histoire envers français subsiste toujours, mais bientôt elle va s'éteindre. Pierre de Langtoft, vrai Anglais comme il paraît suffisamment à sa langue, versifie encore en français, au quatorzième siècle, une histoire d'Angleterre, des origines du monde à la mort d'Edouard P'"; mais les temps nouveaux sont proches et Pierre, der-

1 Voir supra, p .117. La richesse de cette littérature liistorique est supérieure au début à celle de la France proprement dite. Outre les grandes chroniques , beaucoup d'autres ouvrages aussi en français seraient à citer, par exemple des \ies de saints qui sont des biographies historiques (saint Edouard, saint Thomas Becket, etc.), ou l'Histoire de la guerre sainte, récit de la troisième croisade par Ambroise, compagnon de Richard Cœur de Lion (éd. G. Paris, Dociiments inédits, en préparation) ou ÏEstoire le roi Dermot, sur les troubles d'Irlande, composée au treizième siècle [The sang of Dermot and the Earl, éd. Orpen, Oxford, 1892, 8°; cf. P. Meyer, Romania, t. X-M, p. 444), etc.

2 Cette vie tut écrite, au treizième siècle, à la demande du comte Guillaume, fils du héros. Elle est d'une remarquable vérité historique. Le ms. a été découvert par M. P. Meyer et publié par lui {Histoire de Guillaume le Maréchal, Paris, 1892 et s., Société de l'Histoire de France). Sur la valeur de ce document, voir un article du même, Romania, t. XI. La pierre tombale du Temple est en parfait état de conservation; elle offre le visage d'un homme âgé sillonné de rides; c'est sûrement un portrait; l'épée hors du fourreau, tenue dans la main droite, perce la tête de l'animal couché aux pieds du comte.

nier représentant d'un art qui finit ', est contemporain de cet autre Anglais, Robert de Gloucester, premier représentant d'un art qui commence, ancêtre lointain de Gibbon et de Macaulay. De sa voix mâle et sobre, mais encore monotone, Robert conte à son tour l'histoire de son pays ; à la différence des autres, il emploie la langue anglaise ; il n'est nullement cosmopolite, mais bien et uniquement anglais. Dès les premiers vers, il fait cette déclaration caractéristique : « L'Angleterre est un très bon pays à mon sens, et de tous les pays le meilleur... La mer l'entoure de tous les côtés et en forme une île : l'Angleterre en est mieux défendue contre ses ennemis... On trouve en quantité toute sorte de bonnes choses en Angleterre...' ».

Le chemin du ciel est enseigné, après la Conquête, dans d'innombrables écrits français en vers et en prose : paraphrases des psaumes et des évangiles, vies des saints, manuels de pénitence, miracles de Notre-Dame, contes moralises, bestiaires, sermons 2. La population parlant

1 Jean de W'aurin, qui écrivit en prose française au quinzième siècle ses Chroniques et anchiennes istoires de la Grant-Bretaigne (éd. Hardy, Rolls, 1864 et s.) était un Français de France, qui s'était battu à Azincourt du côté français. La chronique de Pierre de Langtoft, chanoine de Bridlington, Yorkshire, qui vécut sous Edouard I"^ et Edouard II, a été publiée par Thomas \Vright. Londres, 1866, Rolls, 2 vol. 8".

- The metrical Ckronicte of Robert of Gloucester, éd. W. A. Wright. Londres. Rolls, 1887, 8°. Lenonn de Robert « of Gloucester » est incertain; voir la préface de M. Wright et sa lettre à l'Afhenœum. 19 mai 1888. Il est très dur (trop dur) pour Robert dont il caractérise ainsi l'œuvre : a As literature it is as worthless as twelve Ihousand Unes of verse without one spark of poetry can be. »

3 Exemples d'écrits de ce genre, populaires en Angleterre et rédigés en français, soit par des Français, soit par des Anglais : Psaumes de la pénitence, version française très populaire en Angleterre, dans un ms. de Cambridge, Bibliothèque de l'Université, G. G. I I., treizième sit-cle (Romania^ t. XV, p. 305). — Exposition des Évangiles : le Miroir, par Robert de

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