‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 61 sur 239 · RELIGION, SCIENCE, HISTOIRE · texte numérisé non relu

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français s'était suffisamment accrue dans le royaume pour que ce ne fût pas une absurdité de prêcher en français et le clergé s'y pré tait d'autant plus volontiers que beaucoup de ses chefs étaient des Français. « A la simple dit gent », un prêcheur anglo-normand :

A la simple gent Ai fait simplement

Greteham en 20,000 vers français [ibid., ibid.). — Vies des Saints : Vies de Becket dans Materials for the Hislory of Thomas Becket, éd. Robertson, Londres, Rolls, 1875 et s., 7 vol., Fragments, p.p. P. Meyer, Paris, 1885, 4°; Vie de sainte Catherine, par sœur Clémence de Barking. douzième siècle (G. Paris, Romaaia, t. XIII, p. 400); Vie de saint Josaphaz, des Sept Dormants, par Chardry, treizième siècle [Char dry s JosapAa:.,etc.,éd.Korh, Heilbronn, 1879. 8°) ; Vie desaint Grégoire le Grand, par frère Augier, religieux de Sainte-Frideswide, Oxford, treizième siècle (texte et commentaire dans la Romauia, t. XII, pp. 145 et s.); Vies de saint Edouard (éd. Luard, Rolls. 1858); mention de Vies diverses en français (d'autres en anglais) dans le Descriptive Calalorjue de Hardy, Londres, Rolls, 1862 et s. — Manuels et traités divers : ceux de Robert Grosseteste et William de Wadington, etc. (V. infru, p. 217). — Œuvres consacrées à Notre- Dame : voir Romania, t. XV, pp. 307 et s., treizième siècle, et Adgars Marien-Legenden, éd. Cari Ncuhaus, Heilbronn, 1886, 8° (récits en vers français des miracles de la Vierge par Adgar, Anglo-Normand du douzième siècle,. — Contes moralises et bestiaires : Bestiaire de Philippe de Thaon, prêtre normand du douzième siècle (contient aussi un volucraire et un lapidaire ; texte dans Wright, Popular treatises on Science, Londres. Historical Society, 1841, S»;. voir aussi le Recueil d'anciens Textes de P. Meyer, Paris. 1877. 8°, p. 286). auteur, en outre, d'un Co?h/jw^ ecclésiastique en vers (éd. Mail, Strasbourg, 1873, 8°); Bestiaire divin, par Guillaume le Clerc, lui aussi Normand, treizième siècle (éd. Hippeau, Caen, 18.i2, 8°), à rapprocher du Bestiaire d'amour de Richard de Fournival, treizième siècle (éd. Hippeau, Paris, 1840, 8" , et de divers autres Bestiaires, Lapidaires et Volucraires (voir Gaston Paris, Littérature française au moyen âge. Section II, chap. 1) : version, probablement normande, des fables latines (treizième siècle) d'Eudes de Cheriton, Romania, t. XIV, p. 390, et Hervieux. Fabulistes latins, t. H; Contes moralises de Nicole Bozon, éd. P. Meyer et L. T. Smith, Paris, 1889, S», Société des anciens Textes (quatorzième siècle). — Sermons : Reimpredigt, éd. Suchier, Halle, 1879, 8° (sermons en vers anglo- normands ; sur les prédications latines et françaises, voir Lecoy delà Marche, La chaire française au moyen âge, Paris, 1886, 8", 2« éd. ; p. 282 , sermon sur la Passion, par Geoftrey de Waterford, en vers français (anglo-normands).

Un simple sermon; Nel (ne le) fis as lettrés Car ils ont assez Écrits et raison.

Pour icels enfants Le fis en romans ijui ne sont lettres; Car mieux entendront La langue dont sont Dès enfance usés'.

Les écrits pieux sont, dans leur ensemble, tout comme les chroniques, rédigés en style clair, mince, transparent; on voit le jour à travers, ils n'absorbent pas le regard et la pensée; il vient au lecteur des distractions. Dans la réalité, les vrais poèmes pieux dûs aux Normands furent ces poèmes de pierre élevés par leurs architectes à Ely, Cantorbéry, York et Durham.

Mais avant toute chose et surtout avec un éclat bien supérieur, les conquérants ont une littérature d'imagination, des romans, des chansons, des histoires d'amour; ils étaient peu faits pour goûter les mélancolies et les désespérances des Anglo-Saxons ; ils s'en détournèrent avec empressement. Ils étaient heureux ; tout leur réussissait; il leur fallait une littérature de gens heureux.

D'abord ils ont des épopées ; mais combien différentes de Beowulf! Le chant de Roland ~, qu'on chantait à

1 Reimpredigt, éd. Surliier, Halle, 1879, 8», p. 64. Cf. le témoignage de Jocelin de Brackelonde qui dit dans sa Chronique que les sermons étaient prononcés dans les églises « gallice vel potius anglice ut moi um fieret cdifieatio non literalurœoslensio. » Année 1200 (Camden Socirty, 1840, p. 95).

- La Chanson de Roland, texte, critique, traduction et commen-

ROMANS EPIQUES, ROLAND. 131

Hastings et que les Normands avaient pour épopée nationale, en commun avec le reste des Français, est le poème le plus belliqueux ô^ toute notre littérature, celui qui se rapproche le plus des origines germaniques. Et cependant l'écart entre ces origines et la nouvelle nation parait déjà considérable. Les massacres sans doute occupent la première place et l'odeur du sang remplit le poème ; les hauberts déchirés, les corps fendus en deux, les cervelles répandues sur le gazon, tout ce spectacle fumant dilate la poitrine du poète et exalte son âme jusqu'à l'enthousiasme. Mais une place aussi est faite pour les sentiments tendres et une autre pour les discours agiles. Cette tendresse, la femme n'en est pas encore l'objet; les preux de Charlemagne ne pensent guère à Aude dans les batailles; ils meurent sans se souvenir d'elle ; mais leurs yeux se mouillent de larmes à l'idée de douce France ; ils pleurent à la vue de leurs compagnons gisant sur l'herbe ; la vraie compagne de Roland, l'objet de sa dernière pensée, n'est pas Aude, c'est Durandal son épée. C'est d'elle qu'il est épris, c'est avec elle qu'il a vécu, et c'est de son sort qu'il se préoccupe pour le moment où il aura disparu. De même que cette épée a un nom. de même elle aune vie propre; Roland voudrait qu'elle mourût avec lui; il voudrait la tue?', comme un amoureux tue son amante pour qu'elle ne tombe pas aux mains des impies ; mais « l'acier grince ; pointue se rompt, point ne s'ébrèche. Et le comte s'écrie .

(aire, par Léon Gautier, Tours, 1881, 8". La Chanson de Roland, traduction archaïque et rythmée, p. L. Clédat, Paris, 1887, 8°. Sur les romans du cycle de Charlemagne composés en Angleterre, voir ['Histoire poétique de Charlemagne, p. G. Paris, 1805. 8". pp. 154 et s. L'unique ms. de la Chanson est à Oxford où il a été trouvé dans notre siècle. L'editio princeps est de 1837.

Suinte Marie, à mon aide!... Ah! Durandal, si chère, comme tu es claire et blanche I comme tu luis et flamboies au soleil... Ah! Durandal. comme tu es belle et sainte! » En vérité, c'est son amante. Peu importe l'objet; le point à retenir est que Roland a un cœur pour sentir, souffrir, aimer.

Dans la défaite de Roncevaux, pas plus que dans le triomphe d'Hastings, l'esprit français ne perd ses droits. L'archevêque Turpin. si imposant lorsqu'il donne la bénédiction suprême à la rangée des cadavres, garde tout le temps du combat une bonne humeur pareille à celle du Conquérant : « Ce Sarrazin me semble bien hérétique, >» dit-il a\isant un ennemi et il l'assomme. Olivier, de même, dans un passage qui montre que, si la femme n'a pas de rôle dans le poème, elle commençait à en jouer un dans la vie réelle, tue le calife et dit : Toi du moins, tu n'iras pas te vanter de notre défaite, (c ni à ta femme ni à aucune dame en ton pays » !

Il faut remarquer enfin que cette première épopée des peuples de langue française est consacrée à une défaite : elle précise ainsi , dès cette époque lointaine , l'idéal héroïque de la nation pour qui, s'il importe de vaincre , il importe plus encore et sans nulle comparaison, de bien mourir. Elle ne rendra jamais les armes simplement parce qu'elle est vaincue ; elle ne les déposera que lorsque ses fils se seront assez fait tuer. Même lorsque la victoire est devenue impossible, ce peuple, tout résigné qu'il soit à riné%*itablo, se bat encore, pour l'honneur. Tel on le voit dans le « Roland », tel il parait dans Froissart, et tel il s'est montré depuis : « Car le royaume de France ne fut oncques si déconfit

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