‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 63 sur 239 · MIRABILIA · texte numérisé non relu

MIRABILIA

ratures de leurs nouveaux compatriotes. Si, comme on verra, ils tirèrent peu de chose de la saxonne, ce n'est pas qu'ils l'ignorèrent , c'est par impossibilité d'en bien comprendre le génie. Des diverses races avec lesquelles ils se trouvaient maintenant en contact, la celtique attira tout de suite leurs sympathies intellectuelles; l'esprit de cette race était conforme au leur; Alexandre avait été pour eux un amusement, Arthur fut une passion; c'est aux poètes anglo-normands qu'on doit les plus anciens et les plus beaux poèmes du cycle breton.

Dans la « matière » de France, la valeur héroïque des défenseurs de la patrie fait le principal intérêt des récits ; dans la matière de Rome, ce sont les « mirabilia » ; dans la matière de Bretagne, c'est l'amour. Nous nous éloignons de plus en plus de Beowulf.

Au moment de la Conquête, une quantité de légendes et de récits avaient cours sur les héros celtiques ; quelques-uns étaient indépendants d'Arthur; tous finirent par être groupés autour de lui. Le pays de Galles, la Bretagne-Armorique et la Gornouailles furent les centres où se développèrent ces légendes; par la beauté de leurs récits et la douceur de leur musique , les conteurs bretons s'étaient ac(juis de bonne heure une grande réputation. C'était une garantie que de pouvoir se dire jongleur breton , et certains usurpaient cette qualité , comme on voit faire à maître Renard.

Une chose manqua, pendant un temps , pour le plein succès de l'épopée artliurienne , c'était la marque d'authenticité, le point de départ latin. Un clerc anglo-normand le lui donna et dota cette littérature du Darès qui lui manquait. Les vrais historiens étaient muets ou peu s'en faut sur Arthur; Gildas, au sixième siècle, ne le

nomme pas; Nemiius, au dixième, lui consacre seulement quelques lignes'. Geoflrey de Monmouth combla cette lacune^.

Ses prédécesseurs ne savaient rien , lui sait tout ; ses généalogies bretonnes sont précises , ses récits sont détaillés, ses énumérations complètes. Le brouillard s'était dissipé et la série de ces rois sur qui couraient tant de légendes charmantes apparaissait maintenant aussi nette que la succession ,des empereurs romains. Ils se présentaient à leur tour avec l'autorité que donnaient par le monde les gros livres latins; ils cessaient d'être des gens sans aveu ; ils avaient pour garant et patron, non pas quelque jongleur de rien, mais un personnage d'importance, connu du roi, qui allait devenir évêque de Saint- Asaph et figurer comme témoin à la pais de 1153 entre Etiemie de Blois et le futur Henri II. En 1139, YHistoria rerjum Britanniœ avait paru et les exemplaires commençaient à se répandre. Henri de Huntingdon, passant à l'abbaye du Bec au mois de janvier de cette année, en trouve un et en est rempli de surprise. « Jamais, écrit-il à un de ses amis, je n'avais pu obtenir aucune indication orale ou écrite sur [les rois, de Brutus à César]... Mais, à ma stupéfaction, je viens de découvrir un récit de ces temps. » C'était le livre de Geoffrey.

1 Gildas, De Excidio Britannix , éd. J. Stevenson, Londres, English historical Society, 1833, S", Nennius, Historia'Britonuin, mêmes éditeur, lieu et date.

- Galfridi Monumelensis Historin regum Britannix, éd. Giles, Londres, 1844, 8°; OU éd. San Marte, Gotifiied's von Monmouth Historia . Halle, 1854 , 8°. Geoffrey, en gallois, Galffray ou Gruffvd . de son vrai nom Geoffrey Artiiur. nom qu'il tenait de son père, traduisit daborJ, de gallois en latin, les prophéties de Merlin, insérées ensuite dans son Historia; évêque de Saint- Asjph cil lir.î. mort à Llandaflf en 1154. Ward, Catalogue of 3ÎS. lioinances, 1883 , pp. 203 et s.

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