TRISTAN ET ISEULT
tisan reste là, oubliant jusqu'à son propre nom »^. Marc (qui se se trouve être son oncle) le prend en amitié et larme chevalier. « Si quelqu'un, dit Tauteur dune des versions de Tristan, me demande comment était fait le costume des chevaliers, je le lui dirai en peu de mots : il était formé de quatre étoffes , le courage, la richesse, l'adresse, la courtoisie. »
Le géant Morolt vient réclamer un tribut de soixante jeunes gens, au nom du roi d'Irlande. On allait choisir ces malheureux lorsque Tristan indigné offre le combat et tue le géant; mais il est Ijlessé d'une arme empoisonnée et, de jour en jour, la mort approche. Seule la reine d'Irlande , sœur du vaincu , pourrait guérir ce poison. Tristan, déguisé en harpeur misérable, se fait porter sur une barque et arrive à Dublin où la reine le guérit. La reine avait une fdle, Iseult, aux cheveux blonds; elle demande au harpeur étranger d'instruire la jeune fille. Iseult devient parfaite : « Elle sait lire et écrire, elle compose des épitres et des chansons ; elle connaît surtout beaucoup de lais [bretons]. Elle est recherchée pour son talent musical non moins que pour sa beauté, musique muette et plus douce qui, par les yeux sïnsinuait au cœur ». La tâche de Tristan est accomplie., il rentre en Cornouailles.
Marc se décide à se marier et il choisit Iseult; Tristan est chargé de la ramener. En mer, les deux jeunes gens absorbent par erreur un <( boi^Te » enchanté, destiné à Marc et à sa fiancée et dont la vertu était de produire un amour que la mort seule pouvait éteindre.
1 L'analyse qui suit est faite principalement d'après Tristan et Iseult, poème de Gotfrit de Strasbourg, covrparc à d'autres poèmes sur le même sujet, car X. Bossert, Paris, 18G5, 8°.
Le poison agit lentement; leurs sentiments changent. « Tout ce que je sais me trouble et tout ce que je vois me fait mal, dit Iseult. C'est le ciel, c'est la mer, c'est mon propre corps qui m'oppresse. — Elle se pencha et appuya son bras sur l'épaule de Tristan : ce fut sa première hardiesse. Ses yeux se remplirent de larmes contenues; sa poitrine se gonfla, ses lèvres frémirent et sa tête resta inclinée. »
Le mariage a lieu, Marc adore la reine, mais elle ne songe qu'à Tristan. Marc, averti, exile Tristan qui, au cours de ses aventures, reçoit en présent un chien merveilleux. Ce chien avait au cou un grelot dont le son procurait l'oubli de tous les chagrins. Il envoie le chien à Iseult qui, entendant le grelot, s'aperçoit qu'elle oublie sa peine : elle détache le collier pour ne plus entendre et ne plus oublier.
Iseult est répudiée ; Tristan l'emmène par les chemins déserts au fond des forêts, jusqu'à une grotte de marbre vert, taillée jadis par les géants; une ouverture au sommet laissait entrer la lumière ; des tilleuls ombrageaient l'entrée, une source coulait sur l'herbe, les fleurs embaumaient l'air, les oiseaux chantaient dans les arbres ; rien n'existait plus pour eux de ce qui n'était pas l'amour K
1 Cette scène a été délicieusement décrite par Swinburne :
Nor till tlie misht of August overhead Weiglicd on ihe world, was yet one roseleaf slied Of ail their joys warm coronal, nor auglit Touched ihem in passing ever with a tliought Tliat ever tliis might end on any day. Or any night not love them where they lay; But like a babl)ling taie of barren breath Seemed ail report and runiour lield of death, And a false bruit tlie Icgend tear impearled That such a thing as change «as in the world.
Tristram of Lyonese and other poems, Londres, 1882, 8».