CONTES ET LAIS
Ils ont encore des histoires plus courtes , en vers et en prose, généralement aussi consacrées à l'amour, tirées de légendes françaises , latines , grecques et même hindoues', des récits comme l'histoire d'Amis et Amile, de Floire et Blanchefleur , des lais comme ceux de Marie de France"^. Marie était normande et vivait du temps d'Henri II, à qui elle dédia ses récits. Ce sont, pour la j)lupart, de gracieuses histoires d'amour, contées d'une voix douce, sans recherche ni effort. Plusieurs sont consacrées à Tristan et à d'autres personnages arthuriens. Dans le lai de Frêne, Marie conte une histoire de vertu féminine pareille à celle de Grisélidis. Dans le lai des Deux Amants, elle fait un récit qui eût ravi Musset :
Vérité est que en Neustrie, Que nous appelons Normandie,
1 Sur les légendes originaires de l'Inde, et longteraps attribuées à tort aux Arabes, voir Gaston Paris, le Lai de l'Oiselet, Paris, 1884, 8". Cf. la tiièse de M. Bédier, Les Fabliaux, Paris, 1893, 8°, qui restreint aux plus étroites limites la part de l'Orient dans ces récits.
- Pour Amis, très populaire en Angleterre, voir Kôlbing, Amis and Amiloun{en vers), Heilbronn, 1884, (Cf. infra, p. 230) et Nouvelles fraxçoises en prose du treizième siècle, p.p. Moland et d'Héricault, Paris, 185f), 16". Le recueil contient : l'Empereur Constant, le-s Amitiés de Ami et Amile, le roi Flore et la belle Jehanne, lu Comtesse de Ponlhieu, Aucassin et INlcolette. Le texte français de Floire et Blanchefleur se trouve dans les Poèmes du treizième siècle, p.p. Édelstand du Méril, Paris. 18.JG, 16"^.
Pour Marie de France, voir H. Suchier, Die Lais der ^Jarie de France, Halle, Bibliolheca IS'ormannica, 1885, 8°; ses fables sont dans Roquefort : Poésies de Marie de France, Paris, 1819, 2 vol. 8», t. IL Voir aussi l'article de J. Bédier, Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1891, et le ciiap. que lui consacre Hervieux, Fabulistes Latins, 1883-4, 2" partie, cli. \.
vivait un seigneur qui avait une fille ravissante; tout le monde la lui demandait en mariage, mais il refusait, pour ne pas s'en séparer. Il déclara enfin qu'il donnerait sa fille à celui qui la porterait jusqu'au sommet de la montagne. Tous essayèrent, aucun ne put.
Un jeune comte s'éprend d'elle et en est aimé. Elle l'envoie chez une vieille tante à elle, qui vivait à Salerne et qui lui donnerait des breuvages pour augmenter ses forces. Ainsi fait. Le jour dit, muni d'une liqueur à boire pendant l'épreuve, il prend la belle fille dans ses bras. Elle avait jeûné longtemps pour peser moins et avait mis un vêtement très léger :
N'eut drap vêtu, fors la chemise.
Il monte jusqu'à moitié, puis faiblit; mais il veut ne rien devoir qu'à son courage et, sans boire, continue plus lentement. Il arrive au sommet et tombe, il est mort. La jeune fille jette au loin le flacon devenu inutile et, depuis, les herbes de la montagne que le breuvage a touchées ont des vertus médicinales surprenantes. Elle contemple son ami et meurt, comme la Simonne de Boccace et de Musset. On les enterra tous deux sur la montagne où s'est élevé depuis « le prieuré des Deux Amants ».
Les maîtres de l'Angleterre se plaisent à des poèmes de moins longue haleine encore, mais toujours sur ce même sujet : l'amour. De même que le reste des Français, ils ont un goût inné pour un genre littéraire incoiuiu à leurs nouveaux compatriotes d'Angleterre : les chansons. Ils en composèrent un grand nombre et en entendirent de toutes sortes; soit comme auteurs, soit comme auditeurs, les sujets des rois d'Angleterre devinrent familiers avec toutes les variétés du genre ; car ces