‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 7 sur 239 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le peuple qui occupe aujourd'hui l'Angleterre a été formé, comme le peuple de France, par la fusion de plusieurs races superposées. Dans les deux pays, les mêmes races se sont mélangées, à peu près aux mêmes époques, mais dans des proportions et des conditions sociales différentes. De là, entre le génie des deux nations, des ressemblances saisissantes et des oppositions tranchées. De là aussi, au cours des siècles, ces sentiments contradictoires qui les ont animées l'une vis-à-vis de l'autre, mélange alterné d'estime allant jusqu'à l'admiration et de jalousie allant jusqu'à la haine. De là enfin l'intérêt sans pareil des deux peuples l'un pour l'autre : ils sont trop différents pour qu'ils risquent de perdre, à se copier, leur caractère national, et ils se ressemblent trop pour que les emprunts faits demeurent stériles. Ces

emprunts agissent comme levain : les produits de la pensée anglaise pendant l'âge « auguste » de la littérature britannique furent mêlés de levain français, et les produits de la pensée française à l'époque romantique ont été pénétrés par le levain d'Angleterre.

Les écrivains antiques nous ont mal renseignés sur la période la plus ancienne de l'histoire des peuples établis dans l'archipel britannique; les ouvrages qui nous seraient le plus précieux n'existent plus qu'en maio-res fragments. Beaucoup de lacunes heureusement ont pu être comblées; la science moderne, par ses multiples recherches, nous l'a permis. Elle a hérité de la baguette des magiciens disparus, et a touché de son talisman la porte des sépulcres ; les tombeaux se sont ouverts et les morts ont parlé. Quels pays a visités ta barque de guerre, a-t-elle dit au riking Scandinave? et pour réponse, le mort, couché depuis des siècles parmi les roches de File de Skye, a montré dans sa main de squelette des monnaies d'or des califes. Ces monnaies ne sont pas une « figure de langage » : elles existent; on peut les voir au musée d'Edimbourg. La baguette a touché les vieux manuscrits indéchilfrés et a rompu le sortilège qui les rendait muets. 11 en est sorti des chants, de la musique, des paroles d'amour, des cris de guerre; des phrases si pleines de vie cjue notre cœur à nous, les vivants d'aujourd'hui, en a été ému; des mots si colorés que le paysage familier aux yeux des Germains et des Celtes est réapparu devant nous. Tout, sans doute, n'a pas été découvert, et les morts gardent encore des secrets qu'ils diront peut-être. On trouvera un jour dans les papyrus que recèlent les tombeeux inexplorés de la vallée du Nil le récit du voyage

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