LES CELTES EN EUROPE
que lit aux Iles Britanniques, vers 330 avant Jésus-Christ, un Grec de Marseille, nommé Pythéas, contemporain d'Aristote et d'Alexandre le Grand, récit dont quelques phrases seulement ont été conservées'. Mais déjà les ténèbres qui enveloppaient les origines se sont en partie dissipées.
A la population primitive, la plus mal connue de toutes, qui construisit en France les alignements de Carnac, et en Angleterre les cercles gigantesques de Stonehenge et de Avebury, succéda dans les deux pays, bien des siècles avant Jésus-Christ, la race celtique.
Les Celtes, ainsi nommés par les Grecs, Kelzo.'', du nom d'une de leurs principales tribus, par le même procédé qui fait porter aujourd'hui aux peuples français anglais, écossais et allemand le nom d'une des tribus dont ils se composent, occupaient, au troisième siècle avant notre ère. la plus grande partie de l'Europe centrale, de la France d'aujourd'hui, de l'Espagne, des Iles Britanniques. Ils étaient voisins des Grecs et des Latins; le centre de leurs possessions était en Bavière. C'est de là et non de notre pays qu'étaient parties les expéditions à la suite desquelles Rome fut prise, Delphes pillée et une province phrygienne rebaptisée Galatie. Les cimetières celtiques abondent dans toute cette région; le plus remarquable de tous a été découvert non pas en France, mais àHallstadt, près de Salzbourg, en Autriche-.
' Sur Pythéas, voir Elton, Oi'igins ofEnglish history, Londres, 1890, 8° (2* éd.), pp. 12 et s. 11 visita les cotes d'Espagne, de Gaule, de lile de Bretagne, de Norvège et revint par les Shetlands. Les passages de son journal que nous ont conservés les anciens sont donnés pp. 400 et 401.
2 Voir, à ce sujet. A. Bertrand, la Gaule avant les Gaulois, Paris, 1891, 8» (2« éd.), pp. 7 et 13; d'Arbois de Jubainville, Revue historique, janvierfévrier 1886.
La langue des Celtes se rapprochait beaucoup plus du latin que des idiomes germaniques ; elle comprenait plusieurs dialectes, et entre autres, le gaulois, qui fut longtemps parlé dans notre pays; le gaélique, le gallois et l'irlandais, qu'on parle encore en Ecosse, dans le pays de Galles et en Irlande. La plus importante des tribus celtiques fixées dans la grande île d'outre-Manche se donnait à elle-même le nom de Bretons. De là le nom de Bretagne porté par le pays; plus tard celui de Grande- Bretagne, qui est aujourd'hui le nom officiel de T Angleterre. Les Bretons paraissent avoir émigré des Gaules et s'être établis parmi les autres tribus celtiques déjà fixées dans l'ile, au troisième siècle avant Jésus-Christ.
Pendant plusieurs centaines d'années, de l'époque de Pytliéas jusqu'au temps de la conquête romaine, le monde méditerranéen ignora ce qui se passait dans la Bretagne insulaire, et nous ne le savons guère mieux aujourd'hui. Le centre de la civilisation humaine s'était plusieurs fois déplacé et était venu, en dernier lieu. d'Athènes se fixer à Rome, sans qu'on sût autre chose que l'existence au nord des Gaules d'une vaste terre entourée d'eau, riche en mines d'étain, couverte de forêts, de prairies et de marécages, d'où s'élevaient d'épais brouillards.
Trois siècles s'écoulent; les Romains se sont installés en Gaule; César, à la tête de ses légions, a vengé la Ville des insultes de « Brennus » ; mais la lutte dure toujours; A^ercingétorix n'a pas encore paru. Avec ce sentiment de la fraternité si profondément enraciné chez les Celtes et dont on peut voir même aujourd'hui, d'un bord de l'Atlantique à l'autre, les effets redoutables, les Bretons avaient secouru contre l'envahisseur leurs
PYTHEAS, CESAR. 5
compatriotes du continent. César résolut de conduire ses troupes sur l'autre rive de la Manche, mais il ne savait rien du pays et il voulut d'abord se renseiener. Il interrogea les marchands; ils lui apprirent peu de chose : ils ne connaissaient que les côtes, prétendaientils, encore les connaissaient-ils mal. César s'embarqua, la nuit du 24. au 25 août, l'an 55 avant notre ère ; il mit un peu plus de temps pour traverser le détroit qu'il n'en faut aujourd'hui pour aller de Paris à Londres. Son expédition fut un vrai voyage de découverte ; aussi prit-il soin, pendant ses deux séjours, de questionner le plus de monde possible et de noter tout ce qu'il put observer des mœurs des indigènes. Le portrait qu'il trace de ces anciens habitants de l'Angleterre parait aujourd'hui bien étrange : « La plupart des peuples de l'intérieur, écrit-il, ne sèment point; ils vivent de lait et de viande et s'habillent de peaux de bêtes. Tous les Bretons se teignent avec du pastel de couleur bleue ; cela rend leur aspect horrible dans les combats. Ils portent les cheveux longs et se rasent tout le corps excepté les cheveux et la moustache. »
Si l'on oubliait que l'original est en latin, on pourrait croire qu'il s'agit des voyages du capitaine Cook; et cela est si vrai que, dans le récit de sa première expédition autour du monde, le grand navigateur, arrivé à File de Savu, en fait lui-même la remarque.
A part quelques détails, les peuples celtiques de la future Angleterre étaient pareils aux hal^itants de notre pays '. Braves comme eux, avec une fougue désor-
• « Proxiini Gallis , et similes suiit... Sermo haud multuin diveisus : in deposcendis periculis eadeni audacia... plus tameii ferociœ Brilanni prœfelunt, ut quoi, nondum longa pax emoUierit... manent quales Galli fue-
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doiinéo qui leur nuisit souvent (la fougue de Poitiers et de Mcopolis) ; curieux, ardents, prompts à se quereller, ils combattaient de la même façon que les Gaulois, avec les mêmes armes , et l'on a retrouvé dans la \\i\ham et dans la Tamise des boucliers de bronze semblables de forme et de ciselure à ceux dont l'image, gravée sur l'arc de triomphe d'Orange, rappelle depuis dLx-huit siècles les victoires des Romains sur les Celtes du continent. Le mot d'Horace sur nos ancêtres s'appli- (jue également bien aux Bretons : jamais ils ne « craignirent les funérailles » '. La tombe était pour eux sans terreur; leur foi en l'immortalité de l'âme était absolue; la mort n'était pas le terme, elle soudait deux vies l'une à l'autre ; la nouvelle vie était aussi complète que l'ancienne, aussi enviable; elle ne ressemblait pas à cette existence souterraine, localisée en partie dans le sépulcre, à laquelle croyaient les anciens et dont les plus doux éléments étaient faits de ces tristes choses : le repos et l'oubli. Dans la croyance du Celte, les morts re\dvaient sous la lumière du ciel ; ils ne descendaient pas, comme chez les Latins, au pays des ombres. Aucun Breton, Gaulois ou Irlandais, n'eût compris la mélancolie d'Achille : (( Ne cherche pas, glorieux Ulysse, à me consoler de la mort; j'aimerais mieux travailler la terre aux gages d'un autre, chez un pauvre homme qui n'aurait qu'un petit bien, que de régner sur tous les
runt. » Tacite. Agricolu, XI, « yEdilicia fere Gallicis consimilia. » César, De Bcllo Gallico, V. Le .sud élait occupé par des Gaulois venus du continent à une époque récente. Les Iceni étaient une tribu gauloise-, les Trinobantes étaient des Gallo-Belges.
► ïe non paventis funera Galliae
Dura'que lellus audit Hiberiae.
(Ad Augustum, Odes, lV,t4.)