‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 71 sur 239 · PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE. RENART · texte numérisé non relu

PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE. RENART

anonyme, œuvre de tout le monde, expression et reflet de l'esprit populaire.

Pour beaucoup de Français de l'ancienne France, une chanson était une vengeance suffisante, ou du moins servait de vengeance provisoire. On y trouvait un tel plaisir que la tyrannie du maître en était oubliée ; en plus d'une occasion où dans d'autres pays une émeute eût été certaine, en France une chanson a suffi; le mécontentement ainsi atténué ne montait plus jusqu'à la fureur. Plus d'une jacquerie a été retardée sinon épargnée par le7?omande Renarl^.

Dans ce roman la comédie est universelle ; on se moque du roi, des nobles, des bourgeois, du pape, des pèlerins, des moines, de toutes les croyances et de tous les usages, de la religion- et de la loi, des puissants, des riches, des hypocrites, des niais; et, pour que rien ne manque, Fauteur se moque aussi de lui-même et de sa caste, il en connaît les défauts, les montre et en rit. Le ton est héroïcomique : pour que la plaisanterie porte mieux, il faut que le contraste soit grand et que nous ne perdions pas de vue la solennité des principes et la majesté des rois :

Seigneurs, ouï avez maint conte Que maint contère vous raconte,

1 Le Roman de Renart, p. [>■ E. Martin, Strasbourg, 1882, 4 vol., 8^; t. I, l'ancienne collection des branches; t. II, les branches additionnelles; t. III, les variantes ; t. IV, observations et tables. La majeure partie des branches furent composées en Normandie, Ile-ie-France, Picardie. LaXIl^est Richard de Lison, Normand (fin du Xll'= siècle); plusieurs branches (par ex. la XW^j montrent la connaissance de la langue et des mœurs des Anglais. Pour les sources, V. Sudre, Sources du R. de R., Paris, 1892, S".

- Caricature d'une cérémonie funèbre :

Brun li ors, prenez vostre estole...

Sire Tardis li limaçons

Lut parlai sol les trois leçons

Et Roenel chanta les vers. (t. I, p. 1-2.)

Comment Paris ravit Hélène, Le mal qu'il en eut, et la peine!...

Et fabliaux, chansons de geste...

Mais onques n'ouïtes la guerre Oui tant fut dure de grand fin Entre Renart et Ysengrin.

Les personnages sont des animaux ; ils ont des sentiments humains, mais leurs poses et leurs nTouvements sont propres à leur race et sont observés avec cette justesse de coup dœil qu'on trouve toujours aux épocpies anciennes, chez les animaliers, bien avant de la recontrer chez les peintres de personnages humains. Il y a d'excellentes descriptions d' Ysengrin tout penaud après une algarade du roi, et qui

S'assied la queue entre les jambes,

du coq, roi de la basse-cour, de Tybert le chat, de Tardif le limaçon, d'Espinar le hérisson, de Brun l'ours, de Roonel le mâtin, de Couard le lièvre, de Noble lelion. L'arrivée du cortège des poules à la Cour est une scène de parfaite comédie :

... Sire Chanteclair le coq

Et Pinte qui pond les œufs gros

Et Noire et Blanche et la Roussette

Amenaient une charrette...

Dedans gisait une geline..,

Renart l'avait si malmenée

El à dents si désordonnée

Que la cuisse lui avait fraite (brisée)

Et une aile hors du corps traite.

Pinte, émue aux larmes et prête à se pâmer, comme Esther devant Assuérus, conte au roi ses malheurs : elle avait cinq frères, Renart les a tous mangés ; elle avait cinq soem's ; mais

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