‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 72 sur 239 · ROMAN DE RENART · texte numérisé non relu

ROMAN DE RENART

Renart ne l'en laissa De toutes cinq que une se ule ; Toutes passèrent par sa gueule.

• Et vous qui là gisez en bière, Ma douce sœur, m'amië chère.

Comme vous étiez tendre et grasse !

Que fera votre sœur la lasse?...

On s'attend presque à lui entendre dire : « xAIes filles, soutenez votre reine éperdue. »

Pinte la lasse à ces paroles, Cliaï, pâmée au pavement, Et les autres tout ensément.

Pour relever les quatre dames, Se levèrent de leurs escames Et chien et loup et autres bêtes; Eauë leur jettent sur les tètes.

Le roi est tout bouleversé d'un spectacle si attendrissant :

Par mautalent dresse la tète ; One n'y eut si hardie bète, Ours ne sanglier qui peur n'ait Quand leur sire soupire et brait.

Tel peur en eut Couard le lièvre Que il en eut deux jours la fièvre; Toute la cour frémit ensemble, Le plus hardi de pëeur tremble.

Par mautalent sa queue dresse, Si se débat par tel détresse, Que toute en sonne la maison.

Et puis fut telle sa raison :

« Dame Pinte, » fait l'Empereur "...

Suit une promesse solennelle, magnifique, en g-rand langage, que le traître sera puni; et qui contraste avec l'échec parfait de la royauté impuissante Renart met à

•T. I, pp. 91, 8,9 et S.

mal les envoyés du roi ; Brun l'ours a le nez arraché ; Tybert le chat perd la moitié de sa queue ; Renarl se moque d'eux, du roi et de toute la cour. Et tout du long du roman il triomphe d'Ysengrin, comme Panurge de Dindenault. Scapin de Géronte et Figaro de Bridoison. Rcnart est le premier de la lignée ; il est une création si naturelle et si spontanée de l'esprit français qu'on le voit reparaître ainsi, de siècle en siècle, avec le même caractère sous des noms différents.

Un dernier trait à noter, dans presque toutes les branches de ce roman, est l'impression de plein air qu'il donne malgré la brièveté des descriptions : on est aux champs, parmi les haies, les chemins et les sentes; les bruyères couvrent les landes ; les rochers sont couronnés de chênes ; les aubépines bordent les routes, les choux s'arrondissent dans les jardins. On voit à regret venir le moment Que le doux temps d'été décline.

L'hiver approche, un vent de bise souffle sur les sentiers qui conduisent à la mer. Renart « dedans sa tour » de Maupertuis allume un grand feu de bois et, pendant que ses petits sautent de joie, fait griller sur les tisons des anguilles coupées en tranches.

Renart fut populaire dans toute l'Europe ; en Angleterre plusieurs branches furent traduites ou imitées ; de superbes manuscrits furent illustrés pour les bibliothèques des seig-neurs ; les aventures de cette épopée furent brodées en tapisserie , sculptées sur les stalles d'église , peintes sur les marges de missels anglaise A la Renaissance, Caxton imprima sur ses presses de Westminster un Renart en prose ' .

' Exfinple de sculpluies : stalles de Gloucester(Renait emportant une oie;

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