‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 74 sur 239 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les liens avec la France étaient étroits ; les liens avec Rome ne le furent pas moins. Au point de vue politique, Guillaume s'était présenté comme héritier des rois anglo-saxons et, au point de vue religieux, comme envoyé du pape et béni par lui : l'une et l'autre thèse furent acceptées par ses successeurs et devinrent traditionnelles. A aucune époque de l'histoire d'Angleterre, l'union avec Rome ne fut plus étroite et à aucun moment^ même dans « l'âge auguste » de la littérature anglaise, ne se produisit une plus ample infusion d'idées latines. La querelle d'Henri II avec Thomas Becket eut pour conséquence finale une plus complète soumission de ce prince à la cour romaine ; les velléités de Jean sans Terre pour atteindre au pouvoir absolu eurent comme résultat le don de ses États à Saint-Pierre et l'hommage, de vassal à suzerain, fait par lui au pape : « Nous Jean, parla grâce de Dieu, roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande, duc de Normandie, comte d'Anjou... Voulant nous humilier pour Celui qui s'humilia pour nous jusqu'à la mort... offrons et concédons librement à Dieu... et à no-

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tre seigneur le pape Innocent et à ses successeurs catholiques, tout le royaume d'Angleterre et tout le royaume crirlande... pour la rémission de nos péchés K » 15 mai 1-213.

Dès le lendemain de la Conquête, on voit l'Église s'établir solidement dans le pays ; elle reçoit autant et plus de domaines que les compagnons du roi. Dans le comté de Dorset, par exemple, on constate « que l'Église et ses vassaux et dépendants possèdent plus d'un tiers de tout le comté et que son patrimoine est plus étendu que celui des barons et grands feudataires réunis -.»

Les fondations religieuses sont innombrables, surtout au début; elles vont en diminuant à mesure qu'on approche de la Renaissance. On en compte quatre cent dix- huit de Guillaume II à Jean : cent ans ; cent trenteneuf pendant les trois règnes suivants : cent huit ans; vingt-trois au quatorzième siècle, et trois seulement au quinzième ^.

Cette quantité de monastères nécessite un intercourse considérable avec Rome ; beaucoup de moines, souvent les abbés, sont des Italiens ou des Français ; ils ont des procès en cour de Rome, ils portent devant le Saint-Père,

1 « Volentes nos ipsos humiliare pro lllo Qui Se pro nobis humiliavit

usque ad mortern... offerimus et libère concediinus Deo et domino

nostro papœ Innocenlio ejusque catholicis successoribus, totum regnum Angliae et totum regnum Hibernise, cum omni jure et pertinentiis suis, pro remissione peccatoruin nostrorum. » Suit l'engagement de payer à perpétuité au Saint-Siège « mille marcas sterlingorum », puis la formule du serment d'hommage au pape, désormais suzerain d'Angleterre. Stubbs, Select Charters, Oxford, 1876, 3^ éd., pp. 284 et s.

- A key to Domesday, showing the method and exactitude of its mensurations... exemplified by... the Dorset Survey , par R. W. Eylon, Londres, 18:'8, 4", p. 15G.

■Uiistorical maps of England during the first thirteen centuries, par C. H. Pearson, Londres, 1870, fol., p. 61.

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