‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 75 sur 239 · LE LIEN AVEC ROME · texte numérisé non relu

LE LIEN AVEC ROME

à Rome et plus tard à Avignon, leurs difficultés spirituelles et temporelles; les plus importantes abbayes sont « exemptes», c'est-à-dire relèvent directement du Pape sans passer par l'autorité épiscopale du lieu. C'est le cas pour Saint-Aug-ustin de Cantorbéry, Saint-Alban, Saint-Edmond, Waltham, Evesham, Westminster, etc. Le clergé d'Angleterre a les yeux constamment tournés vers Rome.

Ce clergé est immense; au treizième siècle, ses rangs grossissent par la venue des frères mendiants : franciscains et dominicains, ces derniers représentant surtout la doctrine, et les premiers la pratique. Les dominicains prêchent le dogme, combattent l'hérésie, fournissent à la papauté ses Grands Inquisiteurs ^ ; les franciscains pratiquent la charité, soignent les lépreux et les misérables dans les faubourgs des villes. Toute science qui ne tend pas à la pratique de la charité leur est interdite : (c Charles l'empereur, avait dit saint François, Roland et Olivier et tous les paladins et tous les hommes forts dans les batailles ont poursuivi à mort les infidèles et à grand'peine et grand labeur ont remporté leurs mémorables victoires. Les saints martyrs sont morts en luttant pour la foi du Christ. Mais il y a de nos jours des gens qui, par le simple récit de leurs exploits, cherchent gloire et honneur parmi les hommes; ainsi il en est parmi

1 Sur leur pouvoir et leur rôle, voir par exemple, la confirmation par Philippe VI (nov. 1329) des règlements à lui proposés par « religieux, homme et honneste, frère Henry de Chamay, de l'ordre des prcscheurs, inquisiteur sur le crime de hérésie, député en nostre Royaume, à Carcassonne résident ». Le roi prescrit : « Premièrement, quod domus, platese et loca in quibus hœreses fautœ fuerunt, diruantur et nunquam postea reedificentur, sod perpetuo subjaceant slerquilineae vilitati. » Recueil d'Isambert, t. VI, p. 364.

vous qui se plaisent plus à prêcher sur les mérites des saints quà imiter leurs travaux... Quand tu auras un psautier, tu voudras avoir un bréviaire, et quand tu auras un bréviaire, tu t'assoieras dans une chaise comme un grand prélat, et tu diras à ton frère : Frère , apporte-moi donc mon bréviaire*. »

Après trente-deux ans, il y avait en Angleterre douze cent quarante-deux franciscains, avec quarante-neuf couvents-, divisés en sept custodies : Londres, York, Cambridge, Bristol, Oxford, Newcastle, Worcester. « Que Votre Sainteté apprenne, écrit Robert Grosseteste, évèque de Lincoln, au pape Grégoire IX, que les frères illuminent tout notre pays par l'éclat de leur prédication et de leur enseignement. La fréquentation de ces saints hommes propage le mépris du monde et la pauvreté volontaire... Oh! si Votre Sainteté pouvait voir combien dévotieusement et humblement le peuple accourt pour entendre d'eux la parole de vie, confesser ses péchés et apprendre les règles de la bonne vie^!... » Tel fut le début ; la suite n'y ressembla guère ; le point à retenir est ce lien de plus avec Rome représenté par ces ordres nouveaux : les difficultés mêmes que leurs désordres suscitèrent plus tard, leurs querelles avec le clergé séculier, les moines et l'Université, les constants appels au pape résultant de ces querelles, la persévérance avec laquelle ils s'appliquaient à former une Église dans l'Église, augmentèrent encore la fréquence des relations entre Rome et l'Angleterre.

^Spéculum vitx B. Francisci et sociorum ejus, opéra fratris G. Spoelberch, Anvers, 1620, 8°, l, chaj). IV.

- Monumenta Franciscana, éd. Brewer et Howlelt, 1858-82, I, p. 10. 3 Lettre de 1238 (?}, Epistolœ, éd. Luard, Londres, 1861 (Rolls), p. 179.

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