‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 76 sur 239 · LES FRÈRES, LES TRIBUNAUX ECCLESIASTIQUES · texte numérisé non relu

LES FRÈRES, LES TRIBUNAUX ECCLESIASTIQUES

Le clergé anglais n'était pas seulement nombreux et largement doté; il était encore très influent et jouait dans la politique de l'État un rôle considérable. Lorsque le Parlement fut constitué, il occupa à la chambre haute une foule de sièges; les ministres du roi étaient d'ordinaire des religieux ; le grand chancelier était un prélat.

L'action de l'Église latine se faisait encore sentir sur la nation au moyen des tribunaux ecclésiastiques, dont la compétence était fort étendue ; tout ce qui regardait les clercs, ou concernait la foi, les croyances, les dîmes et redevances; tous les actes et contrats ayant un caractère moral, les testaments par exemple, relevait du magistrat religieux. Cette justice s'immisçait dans la vie privée des citoyens ; elle avait un caractère inquisitorial ; elle s'inquiétait de savoir si le bon ordre régnait dans les ménages, si le mari était fidèle et la femme vertueuse ; elle mandait les adultères à sa barre et les châtiait. Des huissiers-espions, « summoners » {sum])nours dans Chaucer) se tenaient au courant de toutes ces choses, vérifiaient les méchants bruits, avaient l'œil sur leurs voisins et citaient à comparaître devant le tribunal ecclésiastique ceux que la beauté de Jeanne ou Gilote avait détournés des devoirs conjugaux. On peut penser si une telle institution laissait la porte ouverte aux abus ; il eût fallu que tous les « summoners » fussent des saints, et il s'en manquait de beaucoup; on les voyait transiger avec les coupables pour de l'argent, et citer les innocents à la barre par animosité personnelle ; nul n'ignorait leurs méfaits, mais on eût été bien embarrassé pour les prouver devant le juge : aussi les satires de Chaucer firent-elles plus pour ruiner l'institu-

tion que les pétitions au Parlement. Ces huissiers étaient encore, à leur manière, des représentants du pays latin: « ils n'ouvraient pas la bouche sans parler latin '. »

Les évèques menaient un train de seigneur ; il vivaient dans des forteresses-, entretenaient des archers, chassaient, assiégeaient les villes, faisaient la guerre et ne recouraient à l'excommunication pour atteindre leurs ennemis que faute de mieux. Quelques-uns devenaient des saints : au ciel et sur la terre, ils occupaient le premier rang. A l'exemple des rois, ils savaient déjà ce que vaut l'opinion publique ; ils achetaient le bon vouloir des poètes ambulants, comme on a vu depuis acheter la presse. Les jongleurs errants étaient les journaux d'alors; ils colportaient les nouvelles et distribuaient

* C'était le cas du moins quand ils étaient un peu en train :

And whan that he wel dronken hadde the wyn,

Than wolde he speke no word but Latyn.

A fewe termes liadde lie, two or thie,

That he hadde lerned out of sora decree....

Ant eek ye knowe wel, how that a jay

Can clepe Watte, as wel as can the pope....

A bettre felaw schulde men uowher fynde,

He wolde suffre, for a quart of wyn,

A good felawe to han his concubyn

A twelve month, and excuse him alte fulle.

(Prologue des Canterbury Taies.)

Le nom et la profession étaient tenus en médiocre estime :

« Artow than a bayely? » — « Ye » quod he. He duiste not for verray fllth and schame Sayn that he was a sompnour, for the name.

{The Frères taie, vers 94.)

- On leur en doit un grand nombre. Les premières constriiclions dues à Alexandre, évèque de Lincoln (précédemment curé à Caen^, avaient été les châteaux de Newark, Sleaford et Banbury. U éleva ensuite des édifices pieux et donna à la cathédrale de Lincoln sa voûte de pierre. Celte église splendide avait été commencée dans un lieu facile à défendre par un autre évêque français, Rémi, précédemment moine de Fécamp : « Mercatis igilur

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