LE LIEN AVEC PARIS
hommes d'État, des poètes, des savants de toute sorte, appartenant à tous les pays, des Italiens comme Dante, des Anglais comme Stephen Lansrton.
Son éclat date du douzième siècle. A ce moment, une fusion s'opère entre Fécole théologicpie de Notre-Dame, où brillait, vers le commencement du siècle, Guillaume de Champeaux, et les écoles de logique que l'enseig-nement d'Abélard avait fait naître sur la montagne Sainte- Geneviève. Cet état de choses fut, non pas créé, mais consacré parle pape Innocent III, ancien élève de Paris qui, par ses bulles de 1208 et 1209, organisa les maîtres et étudiants en une corporation, wiiversitas '.
Les étudiants étaient, suivant une coutume médiévale qui s'est perpétuée en Orient et qu'on retrouve, par exemple, à la grande Université d'El Azhar au Caire, divisés en nations : France, Normandie, Picardie, Angleterre. C'était une division par races et non par patries; l'idée de patrie était théoriquement exclue du pays latin ; ainsi les Italiens étaient compris dans la nation Française, et les Allemands dans l'Anglaise. De tous ces étrangers, les Anglais furent les plus nombreux ; ils avaient à Paris six collèges pour la théologie seule.
Les facultés étaient au nombre de quatre : théologie, droit, médecine, arts; cette dernière, la moindre parle rang, était la plus importante par le nombre des élèves, et préparait aux autres. L'élève es arts avait environ quinze ans ; il passait un premier examen appelé déterminance ou baccalauréat, puis un second, la licence, qui lui per-
i Sur l'ancienne Université de Paris, voir l'excellent ouvrage de Ch.Thurot : De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris au moyen âge, Paris, 1850, 8». Les quatre nations, p. 16 ; la nation anglaise, p. 32, ses collèges, p. 12S-, les grades dans la l'acuité des arts, pp. 43 et s.
mettait d'enseigner, en suite de quoi, dans une cérémonie solennelle appelée inceptio, la corporation des maîtres lui imposait le bonnet, insigne de la maîtrise. Il devait alors, d'après son serment, disputer pendant quarante jours de suite à tous venants; puis, très jeune encore et souvent imberbe , il commençait lui-même à enseigner. Un maitre qui enseignait s'appelait Régent, Magister regens.
Les principales écoles étaient situées rue du Fouarre (paille, litière), « vicodegli Strami, » dit Dante, rue qui subsiste sous le même nom, mais dont les vieilles maisons disparaissent une à une. Dans cette rue, jadis étroite et obscure, entourée de ruelles dont les noms seuls suffisent à nous reporter bien loin en arrière (rue de la Parcheminerie, etc.), les maîtres les plus illustres enseignaient, et les désordres les plus bizarres se produisaient. Les étudiants, venus des quatre coins de l'Europe, sans sou ni maille et qui par conséquent n'avaient rien à perdre •, à qui d'amples privilèges étaient assurés, ne brillaient pas par la discipline. La population du quartier n'était pas non plus fort exemplaire. On voit, par les ordonnances royales prescrivant que la rue du Fouarre, « vicus ultra parMim pontem, vocatus gallice, la rue du Feurre », sera fermée le soir de barrières et de chaînes , que certains indi\idus avaient la méchante habitude de s'installer la nuit, avec leurs ribaudes, « mulieres immundae ! » dans les, salles de cours , et de lais-
' Leurs serviteurs, encore plus misérables, vivaient de vols, et étaient même associés pour cela sous un prince ou capitaine : « Cum essem Parisius audivi quod garciones servientes scholarium, qui omnes fere latrunculi soient esse, habebant quendam magistrum qui princeps erat hujusmodi latrocinii ». Th. Wright, Latin slories from mss. of the XlIIlh and XI Vlh centuries, Londres, 1842, hist. CXXV.