PARIS ET OXFORD
ford et de Cambridge; mais leur célébrité fut surtout locale et jamais elles n'atteignirent le caractère international de Paris. Les deux villes avaient des écoles florissantes au douzième siècle ; au treizième, ces écoles sont constituées en Université, sur le modèle de Paris; elles reçoivent des privilèges, et le pape, qui ne manque pas cette occasion d'intervenir, les confirme ^
Les règles de discipline, l'enseignement, les degrés sont les mêmes qu'à Paris. La turbulence n'y est pas moindre; les batailles sont incessantes, batailles entre les étudiants du Nord et ceux du Midi « boréales » et « australes, entre les Anglais et les Irlandais, entre les clercs et les laïques. En 1214, des clercs sont pendus par les bourgeois de la ville ; aussitôt le légat du pape fait sentir le pouvoir de Rome et venge l'injure subie par des privilégiés appartenant au pays latin. Pendant dix ans les habitants d'Oxford feront remise aux étudiants de la moitié de leurs loyers ; ils paieront cinquante-deux shillings chaque année à la Saint-Nicolas, en faveur des écoliers indigents ; ils offriront un banquet à cent écoliers pauvres, et le menu est fixé d'avance par l'autorité romaine : pain, cervoise, potage, un plat de poisson ou de viande; cela, à perpétuité. Les auteurs de la pendaison viendront nu-pieds , sans ceinture , manteau ni chapeau, retirer leurs victimes de la fosse provisoire où elles gisaient et, suivis de tout le peuple, les enterreront eux-mêmes au lieu qu'on leur fixera, en terre consacrée.
• Innocent IV confirme (1254?) loules les « inimunitates et laudabiles, antiqiias, rationabiles consuetudines « d'Oxford: « Nulli ergo hominurn liceat hanc paginani nostrse piotectionis infringere vel ausu ternerario contraire ». Munimenta Academica, or docximenis illuslrative of academical life and studles at Oxford, p.p. H. Anstey, Londres, \^^^{Bolh), 2 vol. 8°, t. I, p. 26. Cf. Glad.stone, An Académie Sketch, Oxford, 1892.
180 LES LETTRES LATLNES.
En l'2ô'2, les Irlandais et les « Septentrionaux » commencent la bataille en pleine église de Sainte-Marie. On les oblige à nommer douze délégués qui négocient un traité de paix. En 1313, interdiction de porter n'importe quel nom de nations, ces distinctions étant des causes de querelles. En 133i, les clercs « surrois et norrois » sont emprisonnés, après bataille, en si grand nombre au cliàtel d'Oxford que le shérifiF déclare que des évasions sont inévitables. En 135i, un étudiant attablé à la taverne, « intaberna^'ini », verse un pot de vin sur la tête du cabaretier et lui casse le pot sur la tète. Malheureusement la tète est cassée comme le pot; les « laïques » prennent parti, donnent la chasse aux clercs, en tuent vingt et jettent les cada%Tes « in latrinas »; ils s'acharnent même sur les livres des écoliers et « les tranchent à coups de hache et de couteau ». Ce trimestre-là, « ô douleur ! personne ne prit ses degrés en logique dans l'Université d'Oxford. » * En 1364, la guerre éclate de nouveau entre les bourgeois et les étudiants, « commissum fuit bellum », et elle dure quatre jours.
Des règlements, fréquemment renouvelés, montrent la nature des principaux abus. Les règlements prononcent : l'excommunication contre les batailleurs, l'exclusion de l'Université contre les étudiants qui entretiennent chez eux « des petites femmes », mulierculas , l'excommunication majeure et la prison contre ceux qui s'amusent à célébrer des bacchanales dans les églises, masqués, déguisés et couronnés « de feuilles d'arbres ou de fleurs » ; le tout vers 1250. Les statuts de University Hall (1292) interdisent aux fellows ou asso-
' Robert de Avesbury (contemporain; il mourut vers 1357), Historia Ediardi tertii, éd. Hearne, Oxford. 1720, 8°, p. 197.