OXFORD ET CAMBRIDGE
ciés^ de se battre, de tenir entre eux des discours impudiques, de se raconter les uns aux autres des histoires d'amour, « fabulas de amasiis » et de chanter des chansons inconvenantes-.
Les cours portaient sur Aristote, Boèce, Priscien, Donat; on étudiait le latin et le français; les fellows devaient causer entre eux le plus souvent possible en latin ; un règlement prescrivait d'enseigner aux élèves la prosodie latine et de les exercer à des épitres « en langage décent, sans emphase ni hyperbole... et, autant que possible, pleines de sens » 3, On évitera les passages scabreux; l'Art d'aimer d'O^dde et le livre de l'Amour de Pamphile sont prohibés.
A partir du treizième siècle, les fondations se multiplient à Oxford et à Cambridge. Tantôt on institue des « coffres » , sortes de monts-de-piété à l'usage des élèves de chaque établissement, tantôt on crée un collège comme University Collège, le plus ancien de tous, fondé par William de Durhani, mort en 1249, ou New Collège créé par l'illustre chancelier d'Edouard III, ^Yilliam de Wvkeham ; tantôt on lègue des livres, comme font Richard
1 Lorsque des fonds suffisants avaient été légués à un collège pour entretenir des étudiants, on choisissait les plus méritants et ils vivaient dans le collège, y étaient nourris, et pouvaient y demeurer leur vie durant sans obligation d'enseigner. Ils devaient seulement observer les règles de la fondation, dont la principale était le célibat, règle qui a été maintenue jusqu'à ces dernières années. Ces étudiants étaient appelés « fellows » ou associés.
- Tous ces faits et règlements sont consignés dans les Munimenta, t. I.
3 Ce règlement vise les écoles de grammaire; les élèves écriront en vers et feront des épitres, « literas compositas verbis decentibus, non ampullosis aut sesquipedalibus... et quantum possint sententia refertis ». Ils feront des exercices en latin, en anglais et en français, « in gallico ne illa linguapenitus sit omissa », Munimenta, I, p. 438. Ce règlement que Anstey rapporte au treizième siècle est plus probablement du quatorzième.
de Bury, Thomas do Cobham en 1327, Humphrey duc de Gloiieester. au quinzième siècle '. Le voyage de Paris continue d'être un titre au respect, mais il n'est plus indispensable.
Avec ces ressources à leur portée, et encouragés par l'exemple de maîtres tels que Henri Beauclerc et Henri II, les sujets des rois d'Angleterre se latinisèrent en grand nombre et produisirent quelques-uns des écrits en latin qui eurent le plus de retentissement dans l'Europe civilisée. Ils se servent de cette langue avec tant de facilité au douzième siècle qu'on la croirait être leur langue maternelle ; les principaux monuments de la pensée anglaise à cette époque sont des écrits latins. Contes, chroniques, satires, sermons, œuvres scientifiques et médicales, traités du style élégant, romans en prose, épopées en vers : ils s'essayent dans tous les genres.
Ils rédigent en hexamètres un poème sur la Guerre de Troie où se trouvent sans doute bien des traces de barbarie, mais qui se rapproche plus des modèles antiques qu'aucune autre imitation faite en Europe dans
' Un autre signe du temps est le grand nombre de lettres épiscopales autorisant des clercs religieux à quitter le diocèse pour aller étudier. Richard de Kellawe, évéque de Durham (1310-16), à Robert de Eryum : « Quuin per viros literatos Dei consuevit Ecclesia venustari, cupientibus in agro studii laborare et acquirere scienliae margaritam... favorem libenter et gratiam impertimus... ut in loco ubi générale viget studium, a data prœsentiurn usque in biennium revolutum morari valeas «. liegistrum Palatinum Dunelmense, éd. Hardy («o//s), 1873, 4 vol. 8°; t. 1, p. 288 beaucoup d'autres lettres du même genre.