‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 92 sur 239 · CHRONIQUEURS ET HISTORIENS · texte numérisé non relu

CHRONIQUEURS ET HISTORIENS

Ces deux derniers ont une sorte de passion pour leur art et une vénération profonde pour les modèles antiques. Guillaume surtout est digne de mémoire et de respect. Avant d'écrire, il avait réuni une foule de livres et de témoignages ; après avoir écrit, il revoit son texte et l'améliore; jamais il ne considère que « son siège soit fait » . Il s'intéresse aux coutumes , aux traits qui marquent les progrès de la civilisation ; il donne des jugement réfléchis et les motive ; il tient à intéresser et enregistre une foule d'anecdotes; quelques-unes sont de vraies nouvelles; sept siècles avant Mérimée, il conte à sa manière l'histoire de la Vénus d'Ille •. Il n'atteint pas les hauteurs suprêmes de l'art, mais il est sur la voie ; il ne sait pas fondre ses couleurs comme on a fait depuis en un chatoiement délicieux au regard; mais déjà il peint en couleurs. Pour plaire à son lecteur, il lui dit naïvement et tout à coup : « Je vais vous raconter une histoire. Il y avait une fois... » Mais s'il n'a pu pratiquer habilement la méthode, c'est déjà beaucoup d'avoir essayé et d'en avoir sitôt reconnu Texcellence.

Au treizième siècle brilla par-dessus tous les autres Mathieu Paris, moine anglais, de l'abbaye de Saint-Alban, qui ressemble par sa sincérité, sa conscience, sa passion pour l'art historique à Guillaume de Malmesbury % Lui aussi cherche à intéresser; habile dessma-

dirail qu'il cherche surtout à se distraire lui-même : habile à écrire en vers {voir supra, V. 183), il insère de temps en temps des poèmes latins de sa ..-omposition; sa chronologie est vague et pleine d'erreurs.

i a De annulo statuœ commendato », 1. 1, p. 354 {De Gestis Regum).

2 Malthaei Parisiensis Chronica Majora, éd. Luard, Londres {Poils), 1872 et s., 7 vol. 8°; Historia Anglorvvi, sive vt vulgo dicitur, Historia Minor... éd. Madden, Londres {Rolls), 1866 et s., 3 vol. 11 était Anglais; son surnom de Parisiensis signifie peut-êlre qu'il avait étudié à Pans ; peutêtre aussi appartenait-il à une des familles de Paris qui existaient alors en

teur, « pictor peroptimus » ', il illustre lui-même ses manuscrits; il représente des scènes de la vie religieuse, une châsse gothique portée par des moines et que des paralytiques s'efforcent de toucher, un architecte recevant les ordres du roi, puis travaillant à la construction d'un édifice, une gemme antique du trésor de Saint-Alban que, par une superstition bizarre, le couvent prêtait aux femmes enceintes pour les aider dans leurs couches, un animal curieux, peu connu en Angleterre : <( un certain éléphatnt » ~, dessiné d'après nature, avec une réplique de sa trompe dans une autre pose; « le premier, dit-il, qu'on eût vu dans le pays » 3. L'animal venait d'Egypte et avait été donné en cadeau à Henri III par Louis IX, roi de France. Mathieu note les traits de mœurs, donne une grande attention aux affaires étrangères et recueille, lui aussi, des anecdotes, celle par exemple du Juif errant qui vivait encore de son temps ainsi qu'en témoigna en sa

Angleterre (Jessopp, Studies by a Recluse, Londres, 1893, p. 46). 11 prit l'habita Saint-Alban en 1217 et remplit une mission en Norvège, auprès du roi Hacon en 1248-9. Henri III, mauvais roi, mais bon artiste, faisait beaucoup de cas de lui; il mourut en 1259. Pour sa partie ancienne, la chronique de Mathieu est fondée sur Roger de Wendover (autre moine de saint Alban, mort en 1236).

1 Témoignage de Walsingham. Voir Madden, Historia Anglorum (par Mathieu Paris), Rolls, t. 111, p. xlviii.

2 Ms. NeroD. 1, au British Muséum, folios, 22, 23, 146,169. On a contesté l'attribution de ce? dessins à Mathieu Paris lui-même; elle semble toutefois assez probable {contra, voir Hardy, 1. 111 de son Descriptive Catalogue). Voir aussi lems. Royal 14 C. VII: cartes et itinéraires; grande Vierge sur son trône; à ses pieds un moine -. « Fret' Mathias Parisiensis », fol. 6; belles draperies aux plis multiples rappelant le style de Villard de Honecourt.

3 Année 1255 ;« Missus est in Angliam quidam elephas quera rex Francorum pro magno munere dédit régi Anglise... Nec credimus aiium unquam visum fuisse in Anglia. « Abbreviatio Chronicorum, à la suite de VUisloria Anglorum... sive Historia Minor, éd. Madden {llolls), I. IN, p. 344.

Page 1