MATHIEU PARIS
présence un archevêque d'Arménie venu à Saint- Alban en 1228. Le portier du prétoire, comme Jésus passait, le frappa, disant : « Va donc plus \'ite, Jésus, va donc, pourquoi tardes-tu? » Jésus, se retournant, le regarda d'un visage sévère et dit : « Je vais, mais toi, tu attendras jusqu'à ce que je ^-ienne. » Et depuis lors Cartaphilus attend, et sa vie recommence au début de chaque siècle. Mathieu profite de cette même occasion pour se renseigner sur l'arche de Noé et nous apprend qu'on la voyait encore, au témoignage du même prélat, en Arménie *. Au quatorzième siècle, les plus illustres chroniqueurs furent Ranulphe Higden dont l'Histoire Universelle devint une manière d'ou^Tage classique, fut traduite en anglais, imprimée à la Renaissance, constamment citée et copiée-; \Yalter de Hemingburgh; Robert d'Avesbury; Thomas ^Yalsingham3, sans parler de divers anonymes. Plusieurs d'entre eux et ^Yalsingham surtout auraient eu, pour la verve dramatique de leurs peintures, une place hors pair dans l'ancienne littérature anglaise, s'ils n'avaient, comme leurs prédécesseurs, écrit en latin ^.
1 Chronica Majora, t. III, pp. 162 et s. L'anecdote de Cartaphilus se trouvait déjà dans Roger de Wendover, lui aussi présent au monastère à ia venue du prélat. Les détails sur l'arche sont personnels à Mathieu.
- Polychronicon Ranulphi Higden... with the English translation of John Trevisa, éd. Babington et Lumbj, Londres [Rolls], 18fi5, 8 vol. S°, Higden mourut vers 1363. Voir infra, p. 4î9.
3 V. infra, liv. III, p. 417.
* Beaucoup d'autres Anglais écrivirent l'histoire en latin, notamment : Florence de Worcester, Siméon de Durham. Fitzstephen, le pseudo Benoît dePeterborough. W. deNewburgh, Roger de Hoveden, au douzième siècle; Gervasede Cantorbéry, Radulphe de Diceto. Roger de Wendover, Radulphe de Coggeshall, John de Oxenede, Barthelemi de Cotton, au treizième siècle; William Rishanger, John de Trokelowe, Nicolas Trivet, Richard de Cirencester, et autres, au quatorzième siècle. Une foule d'autres
On voit combien est profonde la transformation, combien sont puissants les liens intellectuels avec Paris et Rome, et comljien enfin les habitants de l'Angleterre diff>rent maintenant de ces Anglo-Saxons que les vainqueurs d'Hastings avaient trouvés « agrestes et pêne illiteratos », au témoignage d'Orderic Vital. Les temps sont changes : « L'admirable Minerve visite, à tour de rôle, les nations humaines... Elle a abandonné Athènes, elle a quitté Rome, elle s'écarte de Paris; la voici maintenant venue dans cette île de Bretagne, la plus insigne du monde; que dis-je? à elle seule, un abrégé du monde' ». Ainsi pouvait s'exprimer sur sa patrie, vers le milieu du quatorzième siècle, alors que les résultats de l'expérience tentée étaient acquis et é^'idents, ce grand ami des livres, ancien élève de Paris, et qui avait été un fervent admirateur de la capitale française, Richard de Bury, évêque de Durham'.
chroniques sont anonymes. La plupart de ces histoires ont été publiées par les soins de l'English historical Society, de la Society of Ântiquaries et surtout du Maître des Rôles, dans la grande collection : The Chronicles and Memorials of Great Britain and Ireland... published under.the direction ofthe Master of the Rolls, Londres, 1857, et s. (se continue). Voir aussi le Descriptive Catalogue of materials relating to the history of Great Pritain and Ireland, to the end ofthe reign of Henry VII, p. p. T. D. Hardy, Londres {Rolls}, 1862-6, 3 vol. 8°.
1 Le contraste entre les souvenirs de jeunesse de Richard {supra, p. 174) cl le temps où il écrit sexplique; la suerre de cent ans est venue et l'évêque peut bien parler de la décadence de Paris « ubi tepuit, immo fere friguit zelus scholae tam nobilis, cujus olim radii lucem dabant universis angulis orbis terrse... Minerva mirabilis nationes hominum circuire videtur... Jam Athenas deseruit, jam a Roraa recessit, jam Parisius prœterivit, jam ad Britanniam, insularum insignissimam, quia potius microcosmum, accessit féliciter. » Philobiblon, Chap. ix, p. 89. Le comte de Coniingcs, ambassadeur à Londres, assurait inversement, mais presque dans les mêmes termes, le roi Louis XIV « que les arts et les sciences abandonnent quelquefois un pays pour en aller honorer un autre à son tour. Présentement elles ont passé en France et s'il en reste ici quelques vestiges... » 2 .\vril 1663, A French Ambassador at the court of Choisies II, 1892, p. 205.