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CHAPITRE IV

L'anglais cependant avait survécu ; mais transformé , lui aussi, par la Conquête. Après le désastre d'Hastings était venu pour les indigènes une période de stupeur et de silence, et la chose fut bonne en elle-même; le premier devoir du maitre est d'imposer silence à l'élève; les conquérants n'y faillirent point. Il y eut cent ans de silence.

Les clercs seuls avaient fait exception ; les hommes de langue indigène s'étaient tus. A peine recopiaient-ils encore les manuscrits de leurs anciens auteurs dont la liste demeurait close ; ils écoutaient, sans comprendre, les chants que l'étranger avait mis à la mode dans leur île; manière de dire et sujets des récits, tout leur était insolite , et ils demeiu'aient silencieux , au milieu de cette gaieté qui éclatait comme un défi dans la littérature des vainqueurs.

La nécessité leur remit la plume à la main : après comme avant la Conquête, l'objet raisonnable de la \de continuait d'être de gagner le ciel, et c'eût été perdre

son temps que d'employer le latin pour démontrer cette vérité au commun peuple d'^^ngleterre. Le français servait pour les nouveaux maîtres du pays et pour le groupe de leurs fidèles ; le latin, pour les clercs ; mais, pour la masse des « gens de rien », qui sont toujours les plus nombreux, il était indispensable de parler anglais. Tout le monde ne sait pas le français, dit, au quatorzième siècle, le traducteur anglais du Château d'Amour pour justifier son entreprise. Les premières œuvres rédigées en anglais après la Conquête furent des sermons et des traités pieux, les uns imités de Bède, d'iElfric et des anciens modèles saxons, les autres traduits du français; nulle originalité ou invention; c'est une période d'affaissement et d'humiliation ; le vainqueur chante; le vaincu prie.

Le douzième siècle, si fécond en œuvres latines et françaises, ne compte guère, comme œuvres anglaises, que des livres de dévotion en vers ou en prose. Les vers sont de formes bâtardes; les anciennes règles à moitié oubliées se marient aux nouvelles à moitié comprises ; beaucoup d'auteurs emploient à la fois l'allitération et la rime, péchant contre toutes deux-. Le style des sermons

1 On Englisch I-schul mi resun schowen

Ffor him thatcon noti-knowen Nouther Ffrencli ne Latyn.

Castel of Love, dans Horslmann etFurnivall, Minor poems of tlie Vernon ms. 1892. 1, p. 356. (V. infra, p. 216.)

- Entre autres recueils de sermons anglais, du douzième au quatorzième siècles, consulter : An Old Englisk Miscellany, éd. Morris, Early English text Society, 1872, 8°; pp. 26 et s., traduction en prose anglaise du treizième siècle de quelques sermons de Maurice de Sully, p. 187, «a lutel .solhscrtnon», envers, etc. — Old English homUies and homelitic trealises of ihe Xlllh and Xlllth centuries, éd. Morris, Early English

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