‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 95 sur 239 · PERIODE DE RECUEILLEMENT · texte numérisé non relu

PERIODE DE RECUEILLEMENT

est d'ordinaire familier et bienveillant ; on s'adresse aux pauvres et aux malheureux, il faut leur être tendre et les consoler; on les intéresse, comme d'ordinaire, par des histoires de miracles ; on leur fait peur, comme autrefois , avec des descriptions de l'enfer ; on leur donne confiance par des exemples de la miséricorde divine. De même que les anciennes églises, tous les recueils de sermons contiennent des peintures du jugement et de l'enfer, l'enfer avec ses supplices monstrueux, ses puits de flammes, son océan aux sept vagues amères : de glace, de feu, de sang... c'est une interprétation rudimentaire de traditions que recueillirent à leur tour Dante dans son poème et Giotto dans sa fresque '. Giotto surtout, à cause des maladresses et des audaces de son pinceau, revient en mémoire, Giotto si lointain et si moderne à la fois, avec ses enfantillages barbares, ses diables rôtissant les damnés à la broche, et son effort pour peindre l'in- \'isible et traduire aux yeux l'inconnaissable, avec sa recherche de l'impossible, recherche presque doulou-

text Society, Londres, 1867, 8°. Beaucoup de ces pièces sont de simples transcriptions de documents anglo-saxons antérieurs à la Conquête ; p. 159, l'Ode morale, Xll^ siècle (396 vers rimes; Cf. Anglia, I, p. 6). — The Orviulum, with the notes... of R. M. White, éd. Holt, Oxford, 1878, 2 vol. 8°, immense compilation en vers, dont nous n'avons qu'une partie, par frère Ormin, treizième siècle, contenant une paraphrase de l'évangile du jour et un sermon s'y rapportant. Cf. Napier, Notes on... Ormulum, dans Hisiory of the Holy Rood tree,E, E. T. S. 1894.— Hali Meidenhad, éd. Cockayne, E. E. T. S. 1866, en prose, XIII^ s. —English metrical Homilies, éd. J. Small, Edimbourg, 1862, 8", homélies mélangées de contes ou exemples, rédigées vers 1330. — Religious pièces in prose and verse, éd. G. G. Perry, Early English text Society, 1867,8".

1 Au lieu de Dante conduit par Virgile, l'auteur anglais fait descendre aux enfers, à l'exemple de ses modèles du continent, saint Paul, guidé par saint Michel. Saint Paul franchit les différents cercles-, ému de tant de souffrances, il pleure, et Dieu lui accorde que, le dimanche, les damnés ne souffriront plus. Sermon composé vers 1200, dans les OUI English Homilies de Morris, 1867, sermon IV, sur le dimanche (imité du français).

reuse, qui est la contradiction de la sagesse antique, et qui est la sublime folie de l'ctge moderne alors naissant. Non loin de Padoue, à côté de Venise, dans la grande mosaïque byzantine de Torcello, on peut voir un dernier reflet de l'équanimité antique : ici, la scène du jugement est avant tout solennelle, et c'est par là surtout qu'elle est terrible ; l'impression qu'on emporte est celle de l'arrêt fatal, inéluctable. Comme sur le théâtre des anciens, il semble que la fatalité préside au drame. Or, dans les sermons anglais de cette époque reculée, ce n'est pas l'art de Torcello qui se continue ; c'est l'art de Giotto qui commence. De temps en temps, parmi les gaucheries de l'auteur mal assuré de sa langue , et au milieu de conseils tièdes et bienveillants, éclate une apostrophe retentissante qui fera vibrer l'être tout entier et qui, dans sa force et sa brièveté approche du sublime : « Celui qui fait l'aumône avec des biens mal acquis n'obtient pas plus la grâce du Christ que celui qui aurait tué ton enfant et t'en apporterait la tête en cadeau*. » On mit en vers le Psautier, des parties de la Bible - , les vies des saints, donnant une place d'honneur aux saints anglais , saint Thomas Becket et autres : « Saint

' Dans les Old Engtish Homilies de Morris, t. I, p. 39 (dans la 2^ série, spécimens de musique).

- The s tory of Genesis and Exodus, an carïy English song , about A. D. 1250, éd. Morris, Early English text Society, 1865, 8» (la Bible fut traduite intégralement en prose française avant 1250). — Le psautier fut traduit en vers anglais au milieu du treizième siècle [Sin-lees Hocielij, 1843-7), puis en prose vers 1327, par un anonyme qu'on a cru longtemps être "William de Shoreham, moine du prieuré de Leeds : The earliest English prose Psalter, together tcith eleven Can/icles [etc."], éd. Billbring, Londres, E. E. T. S., 1891, 8°; en prose encore, avec commentaire par Richard Relie de Ilampole, éd. Bramley, Oxford, 1884. 8°. Les psaumes de la pénitence furent traduits en vers par Richard de Maidstone, 2» moitié du XIV» s. V. Minor poems of the Vernon Ms., p. 12.

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