CURSOR, ROLLE DE HÂMPOLE
coururent le pays, convertissant les simples, édifiant les sages, et donnant, hélas, à rire aux méchants. Les braves gens voient en eux des saints et les sceptiques des fous : c'est l'histoire de Richard Rolle, de Georges Fox, de Bunyan, de \yesley; le même homme revit à travers les siècles et la même humanité lui adresse à la fois ses bénédictions et ses quolibets.
Richard était du siècle et ne reçut pas les ordres. Il avait étudié à Oxford. Un jour, il quitta la maison paternelle pour se livrer à la vie contemplative. Dès lors, il se mortifie, il jeûne, il prie, il a des tentations; le diable lui apparaît sous les traits d'une belle jeune fille qui, dit-il, « m'avait aimé tendrement, de bon amour »il a des extases, il pousse des soupirs et des gémissements ; on ^aent le voir dans sa retraite ; on le trouve écrivant, « scribentem multum velociter » ; on lui demande de s'arrêter d'écrire et de parler à ses visiteurs ; il parle, mais écrit toujours, « et ce qu'il écrivait différait entièrement de ce qu'il disait». Ce dédoublement de la personnalité dura deux heures. Il quitte sa retraite et parcourt le pays, préchant le renoncement et le retour au Christ. Il se fixa enfin à Hampole où il rédigea ses principaux écrits et mourut en 1349. Certaines qu'il serait un jour canonisé, ce qui pourtant n'eut pas lieu, les nonnes d'un couvent voisin firent composer d'avance l'office pour sa fête, et c'est ainsi que sa biographie nous est connue i.
* Officium de Sancto Bicardo heremita. L'office contient des hymnes en l'honneur du saint :
Letetur felix Anglorum patria...
Pange linguagraciosi Ricardi preconium,
Pii, puri, preciosi, fugientis vicium.
Eiiglish prose treatises (ut supra) pp. xv et xvi.
Son style et ses pensées correspondent bien à une vie pareille; le fond de ses pensées est sombre; les anxiétés germaniques reparaissent dans ses écrits, l'idée de la mort et de Tcnler lui cause des angoisses que toute sa dévotion ne suffit pas à atténuer. Son style est, comme sa vie, tout entrecoupé; aux passag-es calmes, aux belles histoires édifiantes, succèdent des explosions de passion; la phrase devient courte et haletante, toute en interjections et en apostrophes : <( Jésus est ton nom! iVh! ah! ce nom merveilleux! Ah! ce nom délectable! Voilà le nom qui est au-dessus de tous les noms!... Je m'en allai chez Gonvoitise-des-Richesses et je n'y trouvai pas Jésus. Je fus trouver Vanité-de-la- Chair et je ne trouvai pas Jésus. Je m'assis dans la société de Joie- Mondaine et je ne trouvai pas Jésus... Je me tournai donc d'un autre côté et je courus chez Pauvreté. Là je trouvai Jésus dans sa pureté, venu sur la terre, étendu dans la crèche, emmaillotté de langes ^ »
Rolle de Hampole est, si l'on en excepte le cas douteux de VAncren Riiole, le premier prosateur anglais postérieur à la Conquête qui puisse prétendre à la qualité d'auteur original : il a fallu pour le rencontrer nous avancer assez loin dans le quatorzième siècle. Lorsqu'il mourut, en 13i9, Chaucer avait environ dix ans, et Wyclif trente ans.
> « Ihesu es Ihy name. A! A! Uiat wondyrfull nanie! A! that delitlabyl name! This es the name that es above ail names... I yede abowle be couaytyse of reches and I fande noghte Ihesu. I rane be Ihe wantonnes of flesche and I fand noghte Ihesu. 1 satt in companye of wor'.dly myrthe and I fand noghte Ihesu... Thare fore I turnede by anothire waye, and I rane a-bowte be pouerte and I fande Ihesu pure, borne in the worlde, laid in a crybe and lappid in clathis. » Ibid, pp. 1, 4-5. Cf. lUchardi Pampolitani... opuscula dans la Bibliotheca veterum Patrum, Lyon, t. XX Vi, 1677, p. 609, Nominis Jesn Encomion.