Ellis, Original Letters, V" série, I, p
3. Henry Hutloft, contrôleur des douanes à Southampton, à Crômwell; Ellis, Original Letters, 3° série, t. H, p. 242.
très de passe-temps' ». 11 fait l'usage le plus agréable des trésors amassés par son père et les dépense à pleines mains ; il envoie à l'échafaud, au lendemain de son avènement, les deux principaux conseillers d'Henri VII, ce qui achève de le rendre populaire, mais lui donne pour ce moyen de gouvernement un goût qu'il ne perdit jamais, Érasme parait à sa cour; Polydore Virgile s'attarde dans son royaume, Holbein y fait des séjours prolongés. L'Angleterre va, ce semble, s'asseoir k son tour à la table des dieux.
A cet éclat contribue puissanmient le grand ministre des premières années, Thomas Wolsey, fils, disait-on, d'un boucher d'Ipswich, un de ces parvenus de haut mérite, nombreux à cette époque, qui connurent en peu de temps tous les degrés de la roue de Fortune, archevêque d'York en 151 V, Grand chancelier, cardinal en 1515, légat de Léon X, candidat à la tiare, presque roi, « rex alter, ut ita lotfuar», écrivait Érasme; chassé enfin, honni et traqué jusqu'à ce que mort s'en suive, en 1530. A lui la peine, les calculs, les dépenses d'énergie et d'habileté, bref, le gouvernement; au roi la pompe et les louanges. Wolsey assume l'odieux des mesures arbitraires, des emprunts forcés, dits volontaires, « bénévolences », qui avaient été la grande ressource des Edouard IV et des Henri Vil. Le roi sera porté aux nues par les poètes et les pamphlétaires; le ministre sera traîné dans la boue, il se reconnaîtra dans le « chien de boucher » des satiristes, dans le « Lord Governaunce » des dramaturges, guidé par Dissipation et Négligence-; il enipri-
1. Correspondance de Castillon et Marillac, 1885. Lettre de Marillac, juin 1S39, p. 103.
2. Satires de Skelton (voir infra, p. 113); moralité par John Roo jouée à Grays Inn, Nwl, i:»26; Simon Fish, auteur de l& Supplicnlion for the beggnrs, rlail un des acteurs : « Il was higlily praised or ail inenne, saving of tbe Cardinall i>, dit Foxc, dans ses Actes and Manu mentes (Arlier, Introduction de la Supplication, 1M95, p. xi.)
sonnera les bavards, mais la Renommée aux cent bouches répétera les insultes adressées au u chien de boucher ». Qu'importe? pourvu que 1(^ maitre continue de vivre radieux, dans un décor triomphal, comme un empereur romain de tapisserie, u pareil au dieu Mars », disent les ambassadeurs de Venise K
Le ministre est instruit, souple, ingénieux; il charme le roi par sa conversation; il n'est jamais pris de court; il a des ressources infinies et des expédients pour sortir de tous les mauvais pas. Les armées royales subissent des revers, les diplomates anglais sont tenus en échec ; que le roi ne s'en soucie; tout cela va être réparé. On ne conquerra peut-être pas la Guyenne ; mais on va prendre Tournai, et voici la ville aux mains du roi, qui en donne l'évêché à Wolsey; cet exploit est célébré en vers et en prose, et Henri admire combien il lui a été facile; il a pu Faccomplir suivi de ses comédiens; Vénus et Beauté ont joué devant lui des « interludes », des « intermédies », comme on disait en français, et ont abrégé pour lui le temps du siège. Le Parlement résiste au roi; que le roi n'en ait cure, le ministre s'en charge, et voici le Parlement vaincu (1523).
Le cardinal partage les goûts de son maître pour la pompe; il mène un train de prince, et vit comme les prélats italiens de la Renaissance ; il leur ressemble par le savoir, la finesse d'esprit et les mœurs. Avant de négocier un traité de commerce, il attend un cadeau de cent tapis de Damas ; il a un fils naturel, Thomas Winter, qu'il fait archidiacre dans son propre diocèse d'York et une fille naturelle qu'il met au couvent à Shaftesbury. 11 aime le luxe et en-
1. Rapport de Giustiniani au Séaat de Venise. L'ambassadeur raconte que lorsqu'il arriva, lui, en Angleterre, Wolsey disait : « Sa Majesté fera ceci ou cela »; un peu plus tard le cardinal disait : « Nous ferons ceci » ; maintenant il dit : « Je ferai cela », 1519. Four years at the Court of Henry VIII; II, pp. 314, 315.
42 L'EPOQUE DE LA HENAiSSANCE.
courage les arts; il recherche en toute chose l'éclat; il le voudrait justifié par de grandes actions et une politique avisée : car il aime sa patrie etél la souhaiterait réellement forte et respectée ; mais, là où il ne pourra avoir des réalités, il aura du moins un décor : l'éclat lui est indispensable; c'était, d'ailleurs, aloi"S, et c'a été souvent depuis, un moyen d'inspirer le respect. Son palais de Hampton Court est rempli de merveilles, vases d'or et d'argent, statues et curiosités, riches tentures dont l'une représente, comme par un avertissement, la Roue de Fortune, Son cabinet de travail est tendu de drap d'or'. Le palais lui-môme est d'une architecture digne des temps nouveaux : elle tient encore du gothique; mais ce qui était autrefois défense est aujourd'hui ornement; les créneaux ne servent plus qu'à parer les façades; les tours ne protègent plus la demeure; elles contiennent des escaliers"; les murs ne seront jamais exposés au canon ; on peut donc les orner et on y place des bustes en terre cuite : « J'ai achevé, sur l'ordre de Votre Grâce, et j'ai placé en son palais d'Anton Court, huit tii^-^ures rondes en terre peinte et dorée et trois histoires d'Hercule », écrit « Joannes de Maiano, sculptor, » au cardinal^.
1. Lettre de sir Richard Gresham (père du fameux sir Tliomas Greshainj au Cardinal, 9 mars 1520 : « Your Grâce 8()ake unlo me for serteyn clothes of golde for lo hange your clossell at Hampton Courte : I hâve nowe cuui viii peceswyche I shuile brynfie to your Grâce the next weke, God wyllynge u. ElUs, Original Letterx, 3* série, t. I.
2. Ce sont les traits caractéristiques de l'architecture du temps; on les retrouve, par exemple, dans la délicieuse demeure construite on briques rose» par William Compton, durant la première partie du règne, à Compton \\ynyates
WarAvickshire). Le goiU «les maisons confortables, claires, bien exposées se répand de plus en plus. Voir Andrew Borde. Tlie ho/.e fur to Irrne n man to fie wyse in Imyltling nf his hoirse, lUiOl i-<. Ses pressantes recommandations d employer les cheminées jHJur > faire du feu et non autre chose. donnent une id'o horrible des habitudes de malpropreté refendues à «elle époque.
3. IH Juin lô'il. Ce sont, semble-t-il, les bustes d'empereurs qu'un voit encore sur les façades (sans trace, à vrai dire de dorure ni de peiniun- . On a cm.
L'esprit de la Renaissance se manifeste donc en Angleterre. On étudie. Déjà se sont formés d'autres lettrés que ces « honnêtes et savants clercs » k qui pouvait suffire V Enéide de Caxton ; FAng-leterre a ses grammaires, ses dictionnaires, ses humanistes; elle s'associe, du moins par le sérieux des études, au mouvement de la Renaissance. Des Anglais vont en Italie et en France apprendre le grec : on en trouve un, William <( Graim » chez Bessarion i ; Linacre, le médecin helléniste, voyage en Italie en 1485 et séjourne à Paris où il noue amitié avec Budée 2, Grocyn se perfectionne dans le grec sous GhalcocondyleetPolitien (1488-91), se lie avec Aide Manuce et défend contre les platoniciens d'Italie la supériorité d'Aristote; Lily séjourne à Rome; William Latimer, à Padoue; Colet, à Paris et en Italie. De retour dans leur pays, ils s'occupent d'éduquer la nation. Grocyn enseigne avec éclat le grec à Oxford; Colet, riche, ardent, généreux, résiste aux passions naturelles qui le poussaient vers les plaisirs, devient doyen de Saint-Paul de Londres en 1505 et fonde une école bientôt célèbre et qui fleurit encore aujourd'hui-^; William Lily écrit pour cette école une grammaire latine dont la renommée a duré jus-
à tort, qu'ils avaient été donnés au cardinal par Léon X. Original Letters, 3° série, I, p. 250.