Non moins audacieuses, des remarques comme celle-ci
Fool and wretcli, «ilt tliou lot tliy soûl be lied To man's laws, by ^liich slic shall not be tricd Al Ihe last day? or will it thon hoot tlico To say a Philip or a Gregory, A Harry or a Martin tauglit thee this? (Sat. ui).
DanT) son Progress of tlie Soûl, il associe, par métempsycose, une roém« «me au corps de Mahomet et à celui de Luther :
This soûl, lo whom Luther and Mahomet wcre Prisons of flcsh.
Il ose même ridiculiser l'entourage écossais, non pas « d'un roi », mais du roi d'Angleterre et d'Ecosse, Jacques I"', celuilà même qui ne cessait de lui répéter : « Tu seras prêtre' ». Pour les fanfarons, les voyageurs, les intrigants, les faux dévots, les faux-savants, les amouristes sans talent, les débauchés sans vergogne, les galants, esclaves de la mode et la taille étranglée dans un étroit cerceau, les pirates qui éblouissent la ville et finiront par la corde, les peintres-satiristes sont nombreux. Les portraits de ces originaux sont partout, incessamment recommencés : par Joseph Hall futur évêque, par Marston futur prêtre, par Breton, Guilpin, Samuel Row^lands, Middleton le dramaturge-, par Drayton même 3, toujours appréciés d'un public qui reconnaissait aisément les modèles. Nul de ces satiristes ou épigrammatistes n'égale Donne ; mais tous ont du mérite, même le prolifique Rowlands qui peint d'après nature ses buveurs, ses fumeurs (exigeants déjà et se vantant de n'employer que certains tabacs récoltés sur place par eux-mêmes), ses pirates rois des mers, tout résignés d'avance à « jeter l'ancre à la fin sous la potence », ses escrocs innombrables ou ses désœuvrés de Londres qui hésitent entre le théâtre, le mauvais lieu, les cartes et les dés : « Faisons une partie. C'est un péché, c'est une honte, de passer ainsi le temps à ne rien faire ^ ! »
1. How since her death, wiili sumpter-horse tliat Scot Hath rid, who, at liis coming up, had not
A sumpter-dog. (Sat. VII.)
2. Micro-cynicon, six snarling satyres, 1599; authenticilé douteuse.
3. 11 ne laissa pas de satires proprement dites, mais quelques poèmes bizarres, partie allégoriques, partie satiriques : The Oirl; The Moon-Cnlf. L'allégorie est peu claire, mais la satire parfois très réussie (satire de la basse littérature du temps dans The Moon-Calf; le geai, emblème des politicailleurs, dans The Owl).
4. The picture of a Pirnt, d&ns More hnaves yet. — The letting of Humours blood, Épigr. 7 (l'^'^éd. 1600). — S. Rowlands avait débuté en 1598 par
Hall et Marston dessinent dun burin plus habile, de vraies scènes de comédie , feignent d'imiter les anciens , parlent de Ruscus, de Briscus, mais heureusement pensent toujours à Londres, à ses théâtres, ses tavernes, ses écrivains, ses acteurs. Tous deux, sous prétexte de châtier les vices, écrivent des vers très licencieux; tous deux, faisant étalage de vaillance, sont fort inquiets des conséquences de leui-s écrits; ces satiriques craignent la satire; ils se redoutent l'un l'autre et se traitent de « fumier » ou de pire encore. Je m'avance, dit Hall, « la Vérité à mon côté, l'Envie sur mes talons; l'Envie sera mon page, et la Vérité mon guide* ». Avec ses grands airs, il a peur de son page et se retourne souvent pour le surveiller. Hall qui vécut assez vieux pour se quereller avec Milton et mourir sous Cromwell, met dans ses satires beaucoup de jugements littéraires, sévères mais intéressants, sur le Miroir des Magistrats, les poèmes de Southwell, l'art dramatique anglais, les amouristes, tous àprement satirisés ; mais il s'incline devant Spenscr. Il trace d'amusants portraits de ces entichés de noblesse qui cherchent, dans les antiques vitraux décolorés, les armes de leur famille, et tâchent d'identifier « les vieilles statues couchées, jambes croisées, toutes rongées par la pluie, sur la dalle de marbre, â la porte des églises ». Il décrit, cela va sans dire, car ils sont de toutes les collections, les explorateurs qui ont « vendu leur ferme pour aller pécher en Guyane des lingots d'or », et les jeunes écervelés aussi, qui
des poésies pieuses; il laissa une foule d'écrits surtout en vers et consacrés principalement à satiriseret décrire les bas-fonds de la société de Londres. Complète Works, éd. Tiossc, Glasgow, HunlerianCluh, 1880 et s.
1. Né en 1574, élève de Cambridge, Joseph Hall devint évèque d'Exeter, 1627. puis de Norwicb, 1641, cl mourut en 1656. Satires : Virtjidcmiai'um, Si je llnokes, 1597; Three lasl Bookes. 1,')98. — Complrte Poenis, éd. drosart, Manchester, 1879. Son œuvre en prose : traités pieux, sermons, « carartért's », pamphlets et essais divers, est considérable; voir infra, pp. 861, 868, 921.
perdent le sommeil rien que pour avoir entendu les récits des nouveaux Mande ville.
Marston est plus amer encore, plus violent, plus haineux; et plus volontiers encore que Hall, qui pourtant ne se gêne guère, s'arrête à peindre les mauvais lieux et leurs habitués : décrivant si longuement et si volontiers qu'on finit par soupçonner que peut-être il y prend plaisir i. Ses tableaux sont poussés au noir et ses portraits à la caricature. Nous retrouvons chez lui, plus vils, plus sales, plus méchants ou plus ridicules, les faux explorateurs, pleins de mépris pour « les escargots huileux » restés à la maison, les amoureux transis, les prostituées et les mignons, les catholiques idolâtres et les puritains hypocrites. De temps en temps, quand il peut se résoudre à ne pas appuyer trop fort, il représente lui aussi, en d'habiles croquis, de vrais personnages de comédie , qu'on retrouvera sur la scène : des manières de Falstaffs pourris de luxure et de gloutonnerie qui parlent fort, boivent ferme et étalent complaisamment aux regards leur débraillement guerrier; un fat qui arrive de chez lady Lilla, et que la comtesse attend, « et s'il ne se hâte, celle-ci va sûrement envoyer son carrosse le prendre » — et en réalité il n'a vu de sa vie l'une ni l'autre ; un faux puritain qui reparaîtra chez Jonson : « ce digne homme là bas, ce saint enfariné qui vous salue d'un — mon cher frère — ou : ma bonne sœur.. . qui vous tire, au moindre signe, quelque pieux bouquin de sa décente culotte et commence et finit le repas avec une belle prière d'une demi-heure, les yeux au ciel » ; mais qui est, en réalité, pire qu'un Juif ou un Turc ~.
1. Certaine satyres (à la suite de son Pigmalwn),\à9S\ The Scourge of Villanie, three hookes of satyres, 1598; Works, éd. Bullen, 1887, t. III. Sur Marston dramaturge, voir infra, p. 798.